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Biographie

Iannis Xenakis entreprit de se raconter lui-même. Ce projet ne dépassa malheureusement pas le statut d’esquisse. Ce texte, toutefois riche et intime, est accessible ci-dessous .

Biographie chronologique réalisée par A-S Barthel-Calvet.

1922

29 mai : naissance à Braïla, en Roumanie, de Iannis au foyer de Clearchos Xenakis et Photini Pavlou, des Grecs de la diaspora (la date de naissance est cependant incertaine : il pourrait s’agir du 1er mai et, pour l’année, de 1921). Il est l’aîné de deux autres garçons, Cosmas et Jason dont l’un deviendra peintre et l’autre professeur de philosophie aux États-Unis.
Son père, fils d’un cultivateur d’Eubée, dirige une agence anglaise d’import-export : sa mère, bonne pianiste, parle couramment le français et l’allemand. Elle fait cadeau d’une flûte à son fils et souhaite qu’il fasse de la musique.

1927

Sa mère, enceinte contracte la rougeole et meurt après avoir mis au monde une petite fille qui ne survit pas. Les enfants sont élevés par trois gouvernantes : une française, une anglaise et une allemande.

1932

Iannis quitte la Roumanie pour la Grèce : son père l’envoie au collège gréco-anglais de l’île de Spetsaï. A l’éveil du goût de l’adolescent pour les mathématiques et la littérature grecque et étrangère s’ajoute la découverte de la musique.

1938

automne : part à Athènes, en classe préparatoire au concours d’entrée au Polytechnio (École Polytechnique d’Athènes).
Xenakis commence à composer et prend des leçons d’analyse, harmonie et contrepoint avec Aristote Koundourov.
Il réalise une transcription géométrique d’œuvres de Bach.

1940

Il réussit le concours d’entrée à l’École Polytechnique d’Athènes, mais le jour de la rentrée, le 28 octobre, les troupes de Mussolini envahissent la Grèce et l’École doit fermer. Elle rouvrira puis fermera à plusieurs reprises.

1941

Xenakis s’engage dans la Résistance, d’abord dans un parti de droite, puis il rejoint l’EAM (Parti Communiste) : il est au premier rang des grandes manifestations populaires contre l’occupant. Il est plusieurs fois emprisonné, par les Italiens, puis par les Allemands.

« Je suis entré en contact avec les partis communiste et socialiste et leurs idées. (…) je me suis aperçu que la résistance de droite ne servait à rien. Les communistes mettaient en question des affaires sociales, les causes de la guerre ; ils exerçaient contre les Allemands une action plus efficace. Nous organisions d’énormes manifestations de masse contre les nazis, où les gens descendaient dans la rue par centaines de milliers. Nulle part ailleurs en Europe, il n’y avait de manifestations populaires d’une pareille ampleur. »

cité par Nouritza Matossian, Iannis Xenakis, Fayard, p. 17-18.

Ses livres de référence sont à la fois Platon, Marx et Lénine.

1944

12 octobre : les Allemands évacuent la Grèce.

5 décembre : l’armée britannique instaure la loi martiale. Xenakis s’engage dans un bataillon étudiant de l’EPON : il commande la compagnie « Lord Byron ».

1945

1er janvier : un obus anglais frappe l’immeuble qu’il défend avec deux autres camarades ; Xenakis reçoit un éclat en plein visage, qui lui défonce la mâchoire et lui crève l’oeil gauche. Laissé pour mort, il est transporté par son père à l’hôpital où il subit de nombreuses interventions chirurgicales.

mars : sort de l’hôpital et reprend ses études tout en menant une activité politique clandestine.

1947

juillet : Xenakis passe avec succès ses examens de sortie de l’Ecole Polytechnique d’Athènes malgré sa vie semi-clandestine.

septembre : grâce à un faux passeport obtenu par son père, Xenakis réussit, sous le nom de Konstantin Kastrounis, à embarquer sur un cargo en partance pour l’Italie.
Désireux de se rendre aux États-Unis, il décide de passer par Paris. Avec l’aide de communistes italiens, il passe illicitement la frontière à Vintimille le 11 novembre.
En Grèce, il est condamné à mort pour terrorisme politique : son père et son frère sont emprisonnés.

décembre : Xenakis entre à l’Atelier Le Corbusier comme ingénieur, sur la recommandation de l’architecte Georges Candilis.
Il y participe entre autres aux travaux pour le stade de Firminy, l’école maternelle sur le toit-terrasse de l’Unité d’habitation de Nantes, le Pavillon du Brésil à la Cité Universitaire de Paris, le Parlement de Chandigarh, et surtout le Couvent de la Tourette et le Pavillon Philips.

1949

Xenakis cherche à étudier la composition avec différents professeurs : Honegger à l’École Normale de Musique, puis Milhaud qui le remplace.

« Ce qui a surtout compté, c’est l’engueulade que j’ai eue avec Honegger. (…) Je lui ai montré une partition. Il l’a jouée. Il m’a dit :
– Là, vous avez des quintes parallèles.
– Oui, mais ça me plaît.
– Et là, des octaves parallèles.
– Oui, mais ça me plaît.
– Tout ça, ce n’est pas de la musique, sauf les trois premières, et encore…
(…) Alors j’ai quitté Honegger. Ça m’a endurci. J’ai compris que je ne devais plus chercher auprès de quiconque ce qui existait en moi-même. »

« Si Dieu existait, il serait bricoleur », Le Monde de la Musique n°11, mai 1979, p.93

Nadia Boulanger se déclare trop vieille pour reprendre les bases d’harmonie et contrepoint avec lui. Elle lui conseille de s’adresser à Annette Dieudonné qui l’incite à aller voir Messiaen.

1949-1952

Xenakis écrit 24 pièces (dont le catalogue a été établi par François-Bernard Mâche), essentiellement pour piano seul, ou bien pour voix et piano.

1950

Rencontre Françoise lors d’un dîner avec des amis.

1951

Il se présente à Messiaen avec une lettre de recommandation d’Annette Dieudonné.
Messiaen l’accepte comme auditeur libre dans sa classe, que Xenakis suit, plus ou moins régulièrement durant les années académiques 1951-52 à 1953-54.

En Grèce, il est condamné à dix ans de prison pour désertion.

1953

À la demande de Le Corbusier, Xenakis organise pour le Congrès International d’Architecture Moderne (CIAM) un « concert spatialisé » sur le toit de l’unité d’habitation de Marseille, avec trois sortes de musique en trois points différents de la terrasse (musique concrète, musique traditionnelle de l’Inde et du Japon, jazz).

août : La Colombe de la paix est jouée au « Quatrième Festival mondial de la jeunesse pour la paix et l’amitié » de Bucarest.

Il se lance dans la composition du tryptique des Anastenaria dont il n’achèvera que deux volets : Procession vers les eaux claires (achevé début 53), Le Sacrifice (été 53).

3 décembre : mariage avec Françoise.

1954

Le Corbusier l’associe comme principal collaborateur au projet du Couvent de la Tourette à Éveux-sur-l’Arbesle, dont il a reçu commande deux ans auparavant. Xenakis y travaillera jusqu’en 1957 :

« La forme générale est de Le Corbusier, tandis que la structure interne a été conçue par moi-même, à partir de discussions avec les moines. (…) les pans de verre sous l’alignement des cellules sont quasi exclusivement mon œuvre. Il en va de même pour les chapelles rondes et les « canons de lumière » qui en sortent. Je les ai orientés de manière à capter la lumière du soleil à l’équinoxe. »

Balint Varga, Conversations with Xenakis, p. 23

Xenakis déploie sur la façade Ouest la triple rangée des fameux « pans de verre ondulatoires » :

« Les éléments sont confrontés, par masses, dans les deux directions cartésiennes horizontale et verticale. Horizontalement, on obtient des variations de densités des membrures d’une façon continue, à la manière des ondulations des milieux élastiques. Verticalement, on crée un contrepoint harmonique de densités variables. »

Le Corbusier, Modulor 2, p. 340

Il travaille à la composition de Metastasis dont il conçoit graphiquement les textures de glissandi du début et de la fin.

23 septembre 54 : Xenakis réussit à obtenir un rendez-vous avec Schaeffer, grâce à l’appui de Messiaen :

« Je vous recommande très spécialement mon élève et ami Iannis Xenakis, qui est Grec et très extraordinairement doué pour la musique et le rythme. Il m’a montré tout dernièrement une partition assez volumineuse intitulée les Sacrifices (…) dont l’esprit de recherche rythmique m’a séduit dès l’abord et qui est de valeur à vous intéresser (…). Si vous pouvez faire jouer cette œuvre, ceci sera pour lui une grande joie et une occasion de progrès. D’autre part, il est désireux de faire de la musique concrète. Il pourrait devenir un de vos précieux collaborateurs. »

Lettre d’Olivier Messiaen à Pierre Schaeffer, 6 juillet 1954

Schaeffer demande à Pierre Henry d’examiner la partition du Sacrifice : celui-ci la montre à Scherchen lors des répétitions de Déserts de Varèse, répétitions auxquelles Xenakis assiste. Après lui avoir déclaré qu’il ne jouerait pas Le Sacrifice, il demande à voir Metastasis qu’il propose sur-le-champ de diriger.
Sur la recommandation de Messiaen et Fred Goldbeck, Xenakis envoie également sa partition à Heinrich Strobel, directeur du Festival de Donaueschingen qui la programme pour l’automne suivant.

1955

juillet : publie « La crise de la musique sérielle » dans le premier numéro des Gravesaner Blätter. Xenakis y dénonce le principe même de la série et l’organisation polyphonique qui en découle :

« … le système sériel est remis en question en ses deux bases, qui contiennent en germe leur destruction et leur dépassement propres :
a) la série;
b) la structure polyphonique.
   La série (de toute nature) procède d’une « catégorie » linéaire de la pensée. Elle est un chapelet d’objets en nombre fini. (…)
    Supposons donc, pour simplifier, une progression géométrique des fréquences (ou d’une autre composante du son) à n termes. L’ordre des n termes peut être permuté. (…) Avec les n termes, on peut utiliser n factorielle (n!= 1, 2, 3…n) permutations. Toute une logique, basée sur le calcul combinatoire et sur les conditions de départ, peut donner un emploi musical de ces n objets (de fréquences ou d’autres composantes).
    Le calcul combinatoire n’est qu’une généralisation du principe sériel. Il se trouve en germe dans le choix de l’arrangement original des 12 sons. (…)
   La polyphonie linéaire se détruit d’elle-même par sa complexité actuelle. Ce qu’on entend n’est en réalité qu’amas de notes à des registres variés. La complexité énorme empêche l’audition de suivre l’enchevêtrement des lignes et a comme effet macroscopique une dispersion irraisonnée et fortuite des sons sur toute l’étendue du spectre sonore. Il y a par conséquent contradiction entre le système polyphonique linéaire et le résultat entendu, qui est surface, masse.    Cette contradiction inhérente à la polyphonie disparaîtra lorsque l’indépendance des sons sera totale. En effet, les combinaisons linéaires et leurs superpositions polyphoniques n’étant plus opérantes, ce qui comptera sera la moyenne statistique des états isolés de transformation des composantes à un instant donné. (…) Il en résulte l’introduction de la notion de probabilité, qui implique d’ailleurs dans ce cas précis le calcul combinatoire. »

16 octobre : création de Metastasis au Festival de Donaueschingen par l’Orchestre du Südwestfunk, sous la direction de Hans Rosbaud. Réactions opposées de rejet ou d’enthousiasme de la part du public.

Entre au Groupe de recherches de musique concrète (qui deviendra Groupe de recherches musicales en 1958) de Pierre Schaeffer, aux travaux duquel il participera jusqu’en 1962. La première œuvre qu’il y réalise est Diamorphoses.

1956

16 mai : Naissance de sa fille, Mâkhi Zyïa. 

Juillet : publication de « Théorie des probabilités et composition musicale » dans les Gravesaner Blätter n°6 qui sera repris dans Musiques Formelles : Xenakis y expose les lois stochastiques utilisées dans la composition de Pithoprakta à laquelle il travaille.

Octobre : Xenakis commence à travailler aux plans du Pavillon que la firme Philips a commandé à Le Corbusier pour l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958, et pour lequel celui-ci avait simplement jeté l’idée d’une « structure creuse de forme libre ». A l’intérieur, des projections d’images et de lumières et une œuvre électro-acoustique spatialisée seraient proposées aux spectateurs. Le Corbusier avait d’ailleurs imposé Varèse à Philips pour la réalisation de ce Poème électronique.

« C’était une occasion unique pour moi d’imaginer un édifice constitué, dans sa structure et dans sa forme, seulement par des paraboloïdes hyperboliques (P.H.) et par des conoïdes et qui soit autoportant. »

Musique Architecture, p. 134

Il reprend la structure graphique des textures de glissandi de Metastasis :

« Mes propres recherches musicales sur les sons à variation continue en fonction du temps (…) me faisaient pencher pour des structures géométriques à base de droites : des surfaces réglées. » »

ibid., p. 130

Pour la première fois, Xenakis entre en conflit avec Le Corbusier qui refuse de lui reconnaître la paternité de ce Pavillon qu’il a pourtant entièrement conçu. Le Corbusier accceptera finalement une co-signature de l’ouvrage.Xenakis réalise également Concret PH, brève œuvre de musique concrète donnée avant le Poème électronique de Varèse, pendant que le public s’installe.

1957

Reçoit une bourse de la Fondation Européenne pour la Culture, dont le jury est présidé par Nicolas Nabokov.

8 mars : création de Pithoprakta au Festival Musica Viva de Munich, par l’Orchestre de la Radio bavaroise dirigé par Hermann Scherchen.

1958

Travaille pour Le Corbusier à un projet de stade olympique à Badgad.

24 août : création de Achorripsis à Buenos Aires par l’Orchestre du Teatro Colón dirigé par Hermann Scherchen. 

Publie « À la recherche d’une musique stochastique » dans les Gravesaner Blätter n°11-12. Ce texte sera repris dans Musiques Formelles. Il y explique les principes de composition stochastiques utilisés dans Achorripsis, dont il analyse un extrait.

« Il y a avantage à définir le hasard comme une loi esthétique, comme une philosophie normale. Le hasard est la limite de la notion de la symétrie qui évolue. La symétrie tend à la dissymétrie qui équivaut dans ce sens à la négation des cadres hérités d’une tradition (…). Tout se passe comme s’il y avait oscillations biunivoques entre la symétrie, l’ordre, le rationnel, et la dissymétrie, le désordre, l’irrationnel et ceci dans les réactions entre les époques des civilisations. »

Fait la connaissance au GRM de François-Bernard Mâche qui sera un de ses plus fidèles amis :

« … il y a plus de trente ans, au 37 rue de l’Université, au G.R.M., un jeune homme s’est avancé en souriant et en parlant grec comme moi, plein d’une chaleur du Sud de l’Europe. C’était François-Bernard Mâche. »

« Avant-propos », Les cahiers du CIREM n°22-23 : François-Bernard Mâche, p.7

5 octobre : A Bruxelles, création de Diamorphoses, bande réalisée au GRM aux Journées internationales de musique expérimentale avec des œuvres de Schaeffer et Ferrari.

1959

8 août : création de la pièce électroacoustique Analogique B lors du Congrès annuel qui se tient au Studio électroacoustique de Scherchen à Gravesano.

1er septembre : Xenakis est licencié par Le Corbusier, ainsi que deux de ses collègues.

22 novembre : création parisienne de Achorripsis à la salle Pleyel par Hermann Scherchen à la tête des Concerts Lamoureux

1960

Création de Analogique A + B (30 juin) par André Girard et première française de Pithoprakta (10 juin) par Hermann Scherchen lors du Festival de la Recherche organisé par le Service de la Rercherche de la RTF dirigé par Pierre Schaeffer.

Avec Michel Philippot, Abraham Moles et Alain de Chambure, fonde le MYAM, groupe informel de réflexion sur les mathématiques et la musique. 

Mai : à Cannes, présentation du court-métrage Orient-Occident de Enrico Fulchignoni, commandé par l’Unesco avec une œuvre électro-acoustique homonyme de Xenakis. 

« .. c’était un film à partir d’objets anciens, archéologiques. (…) C’était extraordinaire comme collection, d’ailleurs. Et c’est cela qui me motivait pour faire cette musique; c’était un commentaire sonore de ces pièces-là. Il y avait une statuette égyptienne en bois qui était d’une beauté fantastique, et que j’ai traduite dans Orient-Occident par des soupirs (…). Des gémissements devant la Beauté, d’admiration. »

« Il faut être constamment un immigré », p. 133

Xenakis compose également Vasarely, pièce instrumentale (retirée du catalogue), pour un court-métrage de P. Kassovitz et E. Szabo.

Commence à publier dans les Gravesaner Blätter un long texte intitulé « Éléments de musique stochastique » dont la parution s’étendra en 1961 et qui constituera le chapitre II « Musique stochastique markovienne » de Musiques Formelles. Xenakis y propose une représentation granulaire du son et l’intégration d’une « mémoire » aux processus stochastiques avec l’utilisation de chaînes markoviennes.

1961

17-23 avril : participe à Tokyo au Congrès international Orient-Occident (East-West music encounter) organisé par Nicolas Nabokov. Parmi les compositeurs occidentaux : Berio, Carter, Cowell, Sessions, ainsi que le musicologue Stuckenschmidt.

29 avril : présente à Tokyo un concert de musique expérimentale, comprenant des œuvres instrumentales et électroniques. Le programme y annonce : Hidalgo : Ukanga; Tremblay : Pièces pour piano; Malec : Mouvement en couleur; Ballif : Lovecraft; Philippot : Composition pour double orchestre; Ferrari : Visage IV; Xenakis : Metastasis, Analogiques A et B, Concret PH, Achorripsis, Pithoprakta; Riedle : Elektronische Musik; Henry : Co-existence concret; Boucourechliev : Texte II; Mâche : Praelude; Varèse : Déserts; Schaeffer : Etude aux objets; Ferrari : Tête et queue dragon (le concert commence à quatorze heures!).
Rencontre au Japon Yuji Takahashi qui restera un de ses interprètes les plus dévoués : le compositeur Toru Takemitsu le présente à Seiji Ozawa.

Compose Formes Rouges (retiré du catalogue) pour un court-métrage d’animation de P. Kamler.

été 61 : Scherchen lui demande de tracer les plans d’un auditorium à Gravesano.

26 septembre : siège au jury international de la Biennale de Paris.

1962

2 février : création de Herma par Yuji Takahashi à Tokyo.

Ayant mis au point un programme informatique de composition musicale, Xenakis compose la « famille » des ST, à l’aide des données calculées par l’ordinateur IBM 7090 :
24 janvier : ST/48 – 1, 240162, pour orchestre de 48 instruments, qui sera créé seulement le 26 octobre 1968 (« Journée Xenakis » des SMIP),
8 février : ST/10 – 1,080262 est créée le 24 mai 1962 au siège d’IBM, par l’Ensemble de Musique Contemporaine de Paris et ST/10-2, 080262 qui prend le nom de Morsima-Amorsima (retirée ultérieurement du catalogue).
3 juillet : Morsima-Amorsima (ST/4 – 1, 030762) créé le 15 décembre à Athènes sous la direction de Lukas Foss.
6 septembre : Atrées (ST/10 – 3, 060962), destinée à illustrer les émissions consacrées par la RTF à Blaise Pascal, à l’occasion de son tricentenaire. Elle est enregistrée le 11octobre par l’Ensemble de Musique Contemporaine de Paris, dirigé par Konstantin Simonovic.
10 octobre : Stratégie.

De décembre 1961 à mai 1962 : responsable avec Luc Ferrari du projet de « concert collectif » du GRM. Déçu de ne pas être suivi dans ses options, Xenakis se retire du projet qui sera présenté sans lui le 20 juillet 1962.

Invité au Festival d’Automne à Varsovie. Ses œuvres y reçoivent un accueil très favorable.

25 octobre : création de Polla ta Dhina par Hermann Scherchen au Festival de musique légère de Stuttgart.

15 décembre : à Paris, création de Bohor réalisé au GRM. Xenakis quitte le GRM, suite à des dissensions répétées avec Schaeffer.Le même jour, à Athènes, il reçoit ex aequo avec Logothétis le Prix Manos Hadjidakis pour Morsima-Amorsima.

1963

23 avril : création de Stratégie au Festival de Venise par l’Orchestre du Festival dirigé par Bruno Maderna et Konstantin Simonovic. 

24 avril : première exécution d’une œuvre de Xenakis au Domaine Musical : Herma par Georges Pludermacher, donné avec les Opus 11 et 23 de Schönberg, Inventions de Amy, Constellation de Boulez, Trio de Kotonski. Le succès de l’exécution de Herma fut tel que Georges Pludermacher dut la redonner en bis.

été : invité par Aaron Copland à enseigner la composition au Berkshire Music Center de Tanglewood (Massachusetts). Commence à y travailler à Eonta. Note des cribles dans ses brouillons.

octobre : publication de Musiques Formelles – Nouveaux principes de composition musicale, n°s 253-254 de la Revue Musicale éditée par Richard-Massé. À cette synthèse de différents articles parus pour l’essentiel dans les Gravesaner Blätter, Xenakis ajoute un nouveau chapitre « Musique symbolique » se rapportant aux principes compositionnels utilisés pour Herma. Cet ouvrage sera réédité par Stock en 1981. Il connaîtra une version anglaise légèrement différente en 1971, rééditée et encore augmentée en 1991.

« Ce livre va choquer les lecteurs, et c’est ce que son auteur a voulu. Ce choc doit susciter un réveil de l’esprit critique, une révolution psychologique et finalement un procès des idées reçues, dont beaucoup ne sortiront pas acquittées. »

François-Bernard Mâche, « Musique et logique formelles », Mercure de France n° 1204, février 1964

automne 63-printemps 64 : séjourne à Berlin-Ouest grâce à une bourse de la Fondation Ford.

Il y développe ses nouvelles idées compositionnelles (coupure hors-temps/en-temps, cribles), exposées pour la première fois dans La voie de la Recherche et de la question (Preuves n°177, nov. 1965) :

« Il faut distinguer deux natures : en-temps et hors-temps. Ce qui se laisse penser sans changer par l’avant ou l’après est hors-temps. Les modes traditionnels sont partiellement hors-temps, les relations ou les opérations logiques infligées à des classes de sons, d’intervalles, de caractères… sont aussi hors-temps. Dès que le discours contient l’avant ou l’après on est en-temps. L’ordre sériel est en-temps, une mélodie traditionnelle aussi. Toute musique, dans sa nature hors-temps, peut être livrée instantanément, plaquée. Sa nature en-temps est la relation de sa nature hors-temps avec le temps. En tant que réalité sonore il n’y a pas de musique hors-temps pure ; il existe de la musique en-temps pure, c’est le rythme à l’état pur. »

p. 34

1964

janvier : À Berlin, Xenakis écrit son essai La Ville Cosmique pour le livre de Françoise Choay, L’Urbanisme, Utopies et Réalité. Pour mettre un terme à l’extension horizontale du tissu urbain, il propose un modèle de tours gigantesques de plusieurs kilomètres d’altitude, susceptibles de contenir une forte densité de population humaine. Ce modèle, indépendant des variations climatiques, aurait une vocation universelle :

« (…) supposons que la forme adoptée soit un hyperboloïde de révolution (H.R.), d’une altitude de 5.000 mètres et devant contenir dans sa coque creuse, épaisse de 50 mètres en moyenne, une ville de 5 millions d’habitants. (…)
Si nous admettons un diamètre à la base égal à 5 km, la surface de la coque sera d’environ 60 km2. (…) Puisque l’épaisseur de la coque portant la ville est de 50 mètres, le volume de la coque sera de 3 km3 environ. »

juillet : création des Suppliantes (Hiketides) au théâtre d’Epidaure, en l’absence de Xenakis.

16 décembre : création de Eonta au Domaine Musical, commanditaire de l’œuvre, par Yuji Takahashi et l’ensemble du Domaine Musical dirigé par Pierre Boulez. Le projet initial demandé par le Domaine Musical – et dont l’exécution a été repoussée deux fois – devait être une œuvre pour percussions et cuivres intitulée Achos-Aphès-Phos conçue pour être donnée avec une sculpture cybernétique de Nicolas Schöffer.

1965

2 février : création française de Stratégie par Maderna et Simonovic à la tête de l’Orchestre National de l’ORTF, au Théâtre des Champs-Élysées.

25- 26 février : création américaine de Stratégie par Eleazar de Carvalho et Edward Murphy à Saint-Louis du Missouri.

mai : Xenakis obtient la nationalité française, grâce, en particulier, à l’aide de Georges Auric.

20 mai : Paris, salle Gaveau, « Festival Xenakis », premier concert monographique, par l’Ensemble instrumental de musique contemporaine de Paris dirigé par Constantin Simonovitch et avec le pianiste Tuji Takahashi. Au programme : ST/10 – 1, 080262, Herma, Analogique A et B, Eonta, Syrmos (création), Atrées, Achorripsis

décembre : Grand Prix National du disque 1966 décerné par l’Académie du disque français.

1966

4 mars : Pithoprakta donné à San Francisco sous la direction de Aaron Copland.

3 avril : création de Terretektorh au Festival de Royan par l’Orchestre de l’ORTF, sous la direction de Hermann Scherchen. C’est la dernière œuvre de Xenakis que Scherchen créera avant sa mort.

avril : Xenakis participe au colloque international « Musics of Asia » organisé par l’Unesco à Manille . Il y donne une conférence intitulée Structures hors-temps.

5 mai : création à Brême de Nomos Alpha par Siegfried Palm.

11 juin-4 septembre : musique de scène pour l’Orestie d’Eschyle, mise en scène par Alexis Solomos au Ypsilanti Greek Theater dans le Michigan. 

28-29 juin : deux concerts de l’English Bach Festival sont consacrés à des œuvres de Xenakis, avec notamment la création de Akrata par l’Ensemble Instrumental de Musique Contemporaine de Paris, dirigé par Charles Bruck.

août : Xenakis donne des cours et des conférences pendant deux semaines à l’Institut Torcuato di Tella de Buenos Aires dirigé par Alfredo Ginastera. 

Septembre : création brésilienne de Stratégie par Elazar de Carvalho et Julio Medaglia à Rio de Janeiro et Sao Paulo.

20 décembre : fondation de l’E.M.A.Mu (Équipe de Mathématique et d’Automatique Musicales) par Marc Barbut, François Genuys, Georges Guilbaud et Iannis Xenakis qui en assure la direction. Cette structure est rattachée au Centre de Mathématiques Sociales de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE).
Siègent entre autres à son Conseil Scientifique Mikel Dufrenne, Paul Fraisse, Robert Francès, Claude Levi-Strauss, Olivier Revault d’Allones.

« L’EMAMu veut procurer un instrument inter-disciplinaire, pour l’expansion de la connaissance et de la créativité musicales afin de contribuer au développement et à la revitalisation de la musique en tant qu’art dans l’éducation et la société.
    Ceci est fondé sur le postulat que seule l’association de la science (art) musicale avec celle des mathématiques, de l’informatique, de la technologie électronique, des sciences sociales etc., peut déterminer des constantes universelles applicables à l’interprétation du passé, au développement du présent et à l’orientation du futur. » 

« E. M.A.Mu. », Revue Musicale n° 265-266, 1969, p. 55

Les activités de l’E.M.A.Mu s’orientent selon deux axes : d’une part une activité pédagogique avec de l’enseignement théorique et des séminaires; d’autre part, une activité de recherche, fondamentale et appliquée.

1967

janvier : publication de « Vers une Métamusique » dans la revue La Nef n°29 : Xenakis y analyse les échelles de la musique grecque antique et byzantine et y expose de manière détaillée sa théorie des cribles.

29 mars : création à Paris de Medea au Théâtre de l’Odéon sous la direction de Diego Masson, la mise en scène est de Jorge Lavelli.

Polytope de Montréal, commande de Roger Bordaz pour le Pavillon français de l’Exposition Universelle de Montréal. Il s’agit d’une architecture éphémère de câbles, installée dans un espace fonctionnel. Sur ces câbles, sont répartis des haut-parleurs diffusant une musique écrite pour quatre groupes orchestraux identiques et 1200 flashes de cinq couleurs (rouge, jaune, blanc, vert, bleu). La commande – sur pellicule cinématographique- est réglée au vingt-cinquième de seconde, de manière à pouvoir donner l’illusion de mouvements lumineux continus.

Xenakis est invité à en tant que Professeur associé à l’Université de Bloomington (Indiana) pour y créer le Center of Mathematical and Automated Music et y enseigner. Xenakis démissionne de son poste en 1972.

1968

Publie « Vers une philosophie de la musique » dans la Revue d’esthétique vol.21 n° 2-3-4 (une première version était parue en 1966 dans les Gravesaner Blätter), dans lequel il revient sur la coupure hors-temps/en-temps et explique l’application de la Théorie des groupes et des cribles dans la composition de Nomos Alpha.

7 avril : création de Nuits au Festival de Royan, par les Solistes des chœurs de l’ORTF dirigés par Marcel Couraud. L’œuvre est immédiatement bissée.

septembre : création iranienne de Nuits au Festival de Shiraz, Persepolis.

25-31 octobre : premières « Journées de musique contemporaine », succédant aux Semaines musicales internationales de Paris (SMIP) fondées en 1958. 
Quatre journées centrées chacune autour d’un compositeur : Varèse, Xenakis, Berio, Henry.
26 octobre : Journée Xenakis :
14 heures 30, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris : Entretien-débat avec l’E.M.A.Mu.

« … cette réunion a quelque chose d’émouvant, de chaleureusement humain dans cette ardeur, cette passion que mettent des esprits de cette qualité à analyser dans les profondeurs un art qui jusqu’alors nous semblait échapper à l’analyse scientifique. »

Michel Granlet, « Le journal des journées », Revue Musicale : Carnet critique n°267, p. 14-15

18 heures 15, au Théâtre de la Musique : concert de l’Ensemble Instrumental de Musique Contemporaine de Paris, dirigé par Konstantin Simonovic, avec Jacques Wiederker : Les Suppliantes en création française, Nomos Alpha, Analogiques A + B, Eonta.

21 heures : concert de l’Orchestre National et de la Maîtrise de l’ORTF dirigés par Lukas Foss, des Solistes des chœurs de l’ORTF, avec la sonorisation du GRM : Metastasis, Bohor, Polla ta Dhina en création française, ST 48 en création mondiale, Nuits.

« Xenakis prend place alors au milieu de la salle pour contrôler de la console électro-acoustique la restitution de son Bohor. Dans l’obscurité totale, se déchaîne peu à peu un tumulte insensé, un déluge sonore absolument insoutenable. (…) Dans les coulisses, les techniciens regardent, impuissants, deux des amplificateurs qui viennent de se rompre. Le directeur du théâtre craint que la coupole ne s’effondre. Une auditrice s’enfuit pour s’évanouir dans les toilettes. Une enfant de la maîtrise de l’ORTF est prise d’une crise de nerfs. (…) A l’entr’acte, on ne parlera plus que du ‘traumatisme’ de Bohor (…) ». Cependant, « en quelques minutes, toutes les partitions de Nuits seront enlevées par des auditeurs sans doute avides d’en savoir plus sur ‘l’homme du jour’. » »

Michel Granlet, ibid., p. 16

23 heures : rendez-vous avec Iannis Xenakis au bar du Théâtre.

« Xenakis ‘accroche’… Tous ces concerts ont fait le plein et certains ont refusé du monde. (…) Le fossé qui, depuis Beethoven, n’a cessé de se creuser entre le créateur et l’auditeur serait-il en passe d’être comblé ? »

Claude Rostand, Le Figaro littéraire, 11-17 novembre 1938

« Un public réellement extraordinaire ! on y comptait une majorité de jeunes (…) aussi de nombreux musiciens de la génération précédente (…) Dans l’ensemble, un public très différent de celui du Domaine musical »

Renée Viollier, La Tribune de Lausanne

1969

Louis Leprince-Ringuet accueille l’E.M.A.Mu dans les laboratoires de physique nucléaire du Collège de France. Le travail de cette équipe commence à être reconnu :

« Je pense qu’un des premiers devoirs de l’État, dans le domaine de la Musique, est de favoriser l’épanouissement de la recherche (…). C’est en ce sens qu’il m’est apparu que l’Équipe de Mathématiques et d’Automatique Musicales pouvait être un des éléments intéressants de la vie musicale à venir et que la personnalité de Iannis Xenakis était un garant d’une démarche d’esprit originale et fructueuse. »

Marcel Landowski, « E. M.A.Mu., Revue Musicale n° 265-266, 1969, p. 53

2 avril : Au Festival de Royan, Paolo Bortoluzzi danse une chorégraphie de Béjart sur Nomos Alpha.

« … s’il y a un glissando ascendant dans la pièce, il fait une sorte d’ascension de son corps, et vice-versa si c’est descendant. C’est comme une sorte de plagiat du son par le mouvement. (…) Je n’étais pas content du tout de cette chorégraphie. Je l’avais dit, d’ailleurs, à Béjart. »

« Il faut être constamment un immigré », p. 80

4 avril : à Royan également, création de Nomos Gamma par l’Orchestre Philharmonique de l’ORTF, dirigé par Charles Bruck.

2 juin : création à Ottawa, pour l’inauguration du National Arts Center, du ballet Kraanerg sous la direction de Lukas Foss, avec une chorégraphie de Roland Petit et des décors de Vasarely.

3 juillet : création de Anaktoria par l’Octuor de Paris au Festival d’Avignon.

9 septembre : création de Persephassa par les Percussions de Strasbourg au Festival des Arts de Chiraz.

28 octobre : première française de Persephassa aux Journées de Musique Contemporaine (SMIP).

1970

Exposition Universelle d’Osaka : Présentation de Hibiki-Hana-Ma, pour bande huit pistes, en même temps qu’un spectacle de lasers de Keiji Usami.

21 mai : première exécution d’œuvres de Xenakis au Chili : Metastasis et Pithoprakta par l’Orchestre Philharmonique dirigé par Juan Pablo Izquierdo au Théâtre Municipal de Santiago.

1971

6 avril : création au Festival de Royan de Charisma écrit en hommage à Jean-Pierre Guézec, par Guy Deplus et Jacques Wiederker, et de Synaphaï par Georges Pludermacher et l’Orchestre de l’ORTF dirigé par Michel Tabachnik lors de la journée « entrée libre chez Xenakis ». 

mai : concert monographique au « Composers’ Showcase » du Withey Museum of American Art de New York.

24 août : création de Aroura par les Festival Strings, et Rudolf Baumgartner au Festival de Lucerne.

26 août : création, au cinquième Festival des Arts de Chiraz, du spectacle Persépolis dans les ruines du palais de Darius.

« Le spectacle de Persépolis était bien un polytope, mais gigantesque, ouvert sous le ciel d’Orient, et incarné par des enfants, des hommes de demain. »

Olivier Revault d’Allones, Xenakis/Les Polytopes, p. 22

18 octobre : création de Duel (composé en 1959) à Hilversum par l’Orchestre de la Radio dirigé par Diego Masson et Fernand Terby.

27 octobre : à Paris, création de Mikka par Ivry Gitlis au Musée d’Art Moderne.

29 novembre : au théâtre de la Ville, deux concerts du Domaine Musical consacrés à Xenakis : Herma, Diamorphoses, ST 10, Aroura (en création française), Hibiki-Hana-Ma (version quatre pistes) et Eonta.

Publication de Musique Architecture chez Castermann. Ce livre rassemble des articles parus dans des revues diverses.

1972

26 avril : création à Londres de Linaia-Agon dans le cadre du English Bach Festival.

Pour le Festival d’Automne, Michel Guy demande à Xenakis un opéra. Réponse :

« Non, cela ne m’intéresse pas, mais je peux faire un spectacle automatique, abstrait, avec des lumières, des lasers et des flashs électroniques. »

« Il faut être constamment un immigré », p. 114

Ce sera le Polytope de Cluny qui sera créé le 13 octobre 1972 et présenté jusqu’en janvier 1974 et réalisera au total 90 000 entrées.
Installé dans les thermes romains de Cluny, boulevard Saint-Michel, le dispositif lumineux, piloté par ordinateur, met en jeu 600 flashes blancs et 400 miroirs destinés à réfléchir les faisceaux de lasers verts, rouges et bleus. La partie sonore est une musique électroacoustique pour bande 8 pistes réalisée au Studio Acousti.

L’E.M.A.Mu devient le C.E.M.A.Mu, Centre de Mathématique et Automatique Musicales. Il dispose d’un convertisseur numérique/analogique construit au CNET (Centre National d’Études des Télécommunications).

Juillet : Xenakis est invité à enseigner aux Cours d’Été de Darmstadt. Il y retourne en 1974 et 1990.

À l’automne, début de la carrière d’enseignant de Xenakis comme Professeur associé à l’U.E.R. des Arts plastiques et Sciences de l’Art de l’Université de Paris I. Il met en place un séminaire intitulé « Formalisation et programmation dans les arts visuels et en musique ».

Décembre : voyage à Bali organisé par Maurice Fleuret (en compagnie de Betsy Jolas et Toru Takemitsu).

1973

mars-avril : Xenakis donne des cours à l’Université de Montréal comme « professeur éminent invité ».

13 avril : création de Eridanos au Festival de la Rochelle par l’Ensemble Européen de Musique Contemporaine dirigé par Michel Tabachnik.

1974

Médaille d’or Maurice Ravel de la Sacem. 

21 mai : création de Erikhthon à Paris par Claude Helffer et l’Orchestre de l’ORTF, dirigé par Michel Tabachnik.

20 juin : création de Cendrées à Lisbonne par les chœurs et orchestre de la Fondation Calouste Gulbenkian placés sous la direction de Michel Tabachnik. Ces musiciens donnent en deux concerts neuf autres œuvres de Xenakis, qui rencontrent un vif succès malgré l’hostilité de la presse vis-à-vis de la Fondation, hostilité due à ses relations avec le régime déchu de Salazar.

19-22 septembre : rétrospective Xenakis lors des « Beethoven Festspiele » de Bonn : une trentaine d’œuvres sont données dont Antikhthon et Gmeeoorh en création, respectivement par l’Orchestre de la Radio de Cologne dirigé par Michel Tabachnik et Xavier Darrasse. Une exposition sur le compositeur est également présentée ; elle sera prêtée l’année suivante à l’English Bach Festival.

« A quelques minutes de Cologne, où règnent depuis longtemps d’autres musiques du futur, cet hommage prend une signification de poids… »

Maurice Fleuret, Nouvel Observateur, 30 septembre 1974

16 octobre : création à Paris de Noomena par l’Orchestre de Paris dirigé par Sir Georg Solti.

23 octobre : création de Evryali par Marie-Françoise Bucquet au Lincoln Center de New York.

Novembre : Xenakis retourne en Grèce après la chute du régime des colonels et les élections du 17 novembre.

« Il y aura ces passants qui traversent la rue pour serrer avec effusion la main du héros, s’embrouillent dans quelques mots de bienvenue et restent figés par tout ce qu’ils ne peuvent exprimer. Il y aura cette petite vieille qui fend la foule et s’en vient doucement poser la main sur la cicatrice tragique, comme elle ferait sur une icône. Il y aura ces cantonniers de Leonidion, loin dans le Péloponnèse, qui le reconnaissent au passage, nous arrêtent et lui font fête.(…) Je suis sûr que Xenakis ne s’attendait pas à être reçu, admis, compris de la sorte. »

Maurice Fleuret, « Le métèque du monde entier », Le Nouvel Observateur n°524, 25 novembre 1974

1975

juin : « Journées Xenakis » au Festival de La Rochelle, durant lesquelles est créée Empreintes par l’Orchestre Philharmonique de la Radio Néerlandaise, dirigé par Michel Tabachnik.

Août : Une « Semaine Xenakis » clôture le Festival d’Athènes : exposition à la Pinacothèque, conférences de Xenakis et du musicologue Iannis Papaioannou, et trois concerts au théâtre d’Hérode Atticus : en seize œuvres (dont Metastasis, Pithoprakta, Achorripsis, Nuits, Polla ta Dhina, Herma, Evryali, Synaphai, Charisma, Anaktoria et Empreintes), dont douze premières grecques, le public athénien découvre véritablement la musique de Xenakis.

Membre honoraire de l’American Academy and Institute of Arts and Letters.

1976

20 février : création de Retours-Windungen à Bonn par les douze violoncellistes de la Philharmonie de Berlin.

28 février : création à Londres de Phlegra par le London Sinfonietta dirigé par Michel Tabachnik.

février : création de N’Shima sous la direction de Juan Pablo Izquierdo au Festival israélien de Musique contemporaine « Testimonium » de Jérusalem. 

mars 1976 : Xenakis décide de ne pas participer au Festival des Arts de Chiraz. Il écrit au directeur du Festival :

« Vous connaissez l’attachement que j’ai pour l’Iran, son histoire et ses peuples. Vous savez la joie que j’avais à réaliser des projets dans votre festival ouvert à tout le monde (…). Mais, devant l’inhumaine et inutile répression policière que le Chah et son gouvernement infligent à la jeunesse iranienne, il m’est impossible de prêter une caution morale, aussi fragile soit-elle (…). »

11 mars : création de Mikka S par Régis Pasquier aux Huitièmes Semaines Musicales d’Orléans.

26 mars : création de Theraps au Festival de Royan par Fernando Grillo.

2 mai : création de Psappha par Sylvio Gualda à Londres, lors de l’English Bach Festival. L’œuvre est une commande du Festival et de la Fondation Gulbenkian.

5 mai : création de Khoaï par Elizabeth Chojnacka à Cologne.

18 mai : Xenakis soutient sa thèse de doctorat sur le sujet Arts/Sciences – Alliages à l’Université de Paris-I; le jury, présidé par Bernard Teyssèdre, comprenait Olivier Messiaen, Michel Ragon, Olivier Revault d’Allones, Michel Serres. Le texte en sera publié en 1979 chez Castermann. 

« L’art participe du mécanisme inférentiel qui constitue les planches sur lesquelles se meuvent toutes les théories des sciences mathématiques, physiques, et celles des être vivants. En effet, les jeux des proportions réductibles à des jeux de nombres et de métriques dans l’architecture, la littérature, la musique, la peinture, le théâtre, la danse, etc.; les jeux de continuité, de proximité, dans le temps ou hors-temps, d’essence topologique, se font tous sur le terrain de l’inférence, au sens strict de la logique. A côté de ce terrain, et en activité réciproque, existe le mode expérimental qui dénie ou confirme les théories créées par les sciences, y compris par la mathématique. (…) C’est l’expérience qui fait et défait les théories, sans pitié, sans considération pour elles. Or, les arts aussi sont régis d’une manière plus riche et complexe encore, par le mode expérimental. En effet, il n’y a pas, il n’y aura jamais sans doute, de critères objectifs de vérité absolue et éternelle de validité ou de vérité d’une œuvre d’art, tout comme aucune « vérité » scientifique n’est définitive. Mais, en plus de ces deux modes, l’inférentiel et l’expérimental, l’art vit dans un troisième, celui de la révélation immédiate, qui n’est ni inférentielle ni expérimentale. La révélation du beau se fait d’emblée, directement, à l’ignorant du fait de l’art, comme au connaisseur. C’est ce qui fait la force de l’art et, semble-t-il, sa supériorité sur les sciences car, vivant dans les deux dimensions de l’inférentiel et de l’expérimental, l’art en possède une troisième, la plus mystérieuse de toutes, celle qui fait que les objets d’art échappent à toute science de l’esthétique, tout en se permettant les caresses de l’inférentiel et de l’expérimental. Mais d’un autre côté, l’art ne peut vivre seulement par le mode de la révélation. (…) il a un besoin impérieux d’organisation (y compris de celle du hasard), donc d’inférence, et de sa confirmation, donc de sa vérité expérimentale.
Pour rendre plus évidente cette trinité des modes de l’art, imaginons que dans un avenir lointain le pouvoir de l’artiste augmente comme jamais auparavant dans l’histoire (…). En effet, il n’y a aucune raison pour que l’art ne sorte, à l’exemple de la science, dans l’immensité du cosmos, et pour qu’il ne puisse modifier, tel un paysagiste cosmique, l’allure des galaxies. »

Arts/Sciences-Alliages, p.15-16

mai : création à New York, au Carnegie Hall, de Dmaathen (pour hautbois et percussions) par Nora Post et Jan Williams.

novembre : mois de la Grèce à Londres. Xenakis maintient sa participation, contrairement à une majorité de jeunes compositeurs grecs qui boycottent la manifestation. Y est entre autres donnée la première londonienne de Synaphaï.

16 décembre : création à Montréal de Epeï, commande de la Société de Musique Contemporaine Québécoise.

Grand Prix National de la Musique du Ministère de la Culture.

1977

Reçoit le prix Beethoven de la Ville de Bonn, et à Paris le grand prix du disque de l’Académie Charles Cros.

Le CEMAMu construit la première version de l’UPIC (Unité Polyagogique Informatique du CEMAMu).

avril : à Paris, première française de N’Shima par l’Ensemble Intercontemporain et Michel Tabachnik, au Théâtre de la Ville, dans le cadre du cycle inaugural de l’IRCAM « Passage du XXe siècle ».

17 juin : création de Akanthos à Strasbourg par le Studio 111 dirigé par Detlev Kieffer. 

28 juin : création au Festival de La Rochelle de Kottos, pièce composée pour le Concours International Mstislav Rostropovitch.

juillet : création de À Hélène au Théâtre d’Epidaure par le Choeur du Théâtre National de Grèce.

19 novembre : création de À Colone aux « Rencontres Internationales de Musique Contemporaines » de Metz.

21 décembre : création de Jonchaies à Paris par l’Orchestre National de France, dirigé par Michel Tabachnik.

1978

11 février : création du spectacle du Diatope, mettant en jeu la musique électroacoustique de La Légende d’Eer (réalisée au CEMAMu et à la WDR de Cologne) et un dispositif lumineux piloté par ordinateur de 1600 flashes, 4 projecteurs à laser et 400 miroirs et prismes mobiles.

2 avril : à Paris, création de Ikhoor au Palais Garnier par le Trio à cordes français.

juillet : invité d’honneur du Centre Acanthes dont les cours et séminaires se déroulent à Aix-en-Provence.

2 août : Polytope de Mycènes dans les ruines de la cité antique. Outre l’œuvre électro-acoustique Mycènes Alpha composée pour la circonstance, y sont donnés : À Hélène, À Colone, Oresteïa, Psappha et Persephassa, entre ces œuvres, sont diffusées des interpolations électroacoustiques de Mycènes Alpha, pièce composée sur l’UPIC et des extraits de Homère lus par Olga Tournaki et Spyros Sakkas. Le spectacle est donné cinq soirs, accueillant à chaque fois sept à dix mille personnes.

1979

3 mars : création de Palimpsest, commande de l’Academia Filarmonica Romana, à Aquila en Italie par l’Ensemble Divertimento, dirigé par Sandro Gorli.

17 mai : création à Strasbourg de Pléïades par les Percussions de Strasbourg lors du spectacle de ballet Le Concile Musical dansé par le Ballet de l’Opéra du Rhin sur une chorégraphie de Germinal Casado. Les mouvements de Pléïades alternaient avec des pièces de Giovanni Gabrieli.

mai-septembre : le Diatope de Beaubourg est installé sur la Bahnhofplatz de Bonn; le spectacle est donné trois fois par jour.

21 juin : création de Anemoessa au Festival de Hollande par l’Orchestre de la Radio Hilversum dirigé par Richard Dufalle.

été : séminaire de composition à l’Academia Musicale Chigiana à Sienne.

Publication de Arts/Sciences, Alliages, transcription de sa soutenance de thèse chez Castermann.

octobre : « Journées Xenakis » organisées par la Société de Musique Contemporaine du Québec et l’Orchestre Symphonique de Montréal.

1980

4 juin : création de Dikhthas par Salvatore Accardo et Bruno Canino dans le cadre du trentième « Beethovenfest » de Bonn.

Invité à Varsovie et Cracovie par l’Union des compositeurs polonais pour une série de conférences sur la musique formalisée.

La musique de Xenakis est jouée pour la première fois officiellement en URSS, avec Psappha donnée par Sylvio Gualdo à Moscou.

Des concerts Xenakis sont organisés à New York : Metastasis et Empreintes sont données par le New York Philharmonic et Zubin Mehta et N’Shima par le Brooklyn Philharmonia, dirigé par Lukas Foss.

Le C.E.M.A.Mu est présent avec l’UPIC à Lille pendant trois semaines, à l’invitation du Festival de Lille et de l’Atelier Régional de Musique pour des conférences et des ateliers de composition; puis à Bordeaux, pendant dix jours, à l’initiative du Festival Sigma.

Le Festival de Saint-Denis propose une soirée « Carte blanche à Xenakis » dont Xenakis choisit le programme et le présente : on y entend, entre autres, du Dufay et du Dunstable, ainsi que la première parisienne de Palimpsest

La nouvelle version de Gmeeoorh est donnée par Françoise Rieunier aux Concerts du dimanche de Notre-Dame de Paris.

Invité au Symposium scientifique international de Volos, organisé par le département d’architecture de Thessalonique, Xenakis donne une conférence intitulée : « Spaces and sources of auditions and spectacles ».

Élu membre du Conseil National de la Résistance hellénique.

Participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision : émission de Georges Charbonnier sur le C.E.M.A.Mu et l’Upic sur France-Culture, émission de la télévision canadienne sur le même sujet, interview à TF1 pour l’émission « Arcana » de Maurice Leroux, émission populaire « Bios Bahnhof » de la Westdeutscher Rundfunk.

1981

13 février : création de Aïs pour baryton amplifié, percussions et orchestre par Spyros Sakkas, Sylvio Gualda et l’Orchestre de la Radio Bavaroise dirigé par Michel Tabachnik, à la Herkulessaal de Munich qui avait déjà vu la création de Pithoprakta.

30 mars : création, à Paris, de Embellie par Geneviève Redon-MacLaughlin.

30 avril- 3 mai : Xenakis participe au Congrès International de Psychanalyse de New York organisé par le Mouvement Freudien International sur le thème « Sexe et langage ».

mai : est invité à un débat à trois organisé par Dominique Ponneau au Louvre; les deux autres intervenants sont Rolf Liebermann et Ricardo Bofill.

« celui pour qui l’avenir était le plus chargé d’espoir, c’était une fois encore Xenakis (…) sans cesse visionnaire, il pose avant tout le problème de l’homme créateur qui se doit d’utiliser tous les outils du monde actuel. »

Alain de Chambure, « Xenakis : n+1 ou la dimension supplémentaire », Regards sur Iannis Xenakis, p. 357

août : création de Mists, troisième œuvre de Xenakis pour piano solo, par Roger Woodward, au Festival International d’Edinbourg. 

6 septembre : création de Serment-Orkos à Athènes par le Chœur de la Radio grecque.

22 novembre : création de Komboï aux « Rencontres Internationales de Musique Contemporaine » de Metz par Elizabeth Chojnacka et Sylvio Gualda.

Conférence à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dans le cadre du séminaire de philosophie et mathématique, sur le sujet : « Intuition, théorie, réalisation en musique ».

Nommé officier de l’ordre des Arts et Lettres.

1982

26 mars : création de Nekuïa à Cologne par le chœur et l’orchestre de la Radio de Cologne dirigés par Michel Tabachnik.

23 avril : A Paris, création à Radio France de Pour la Paix, écrit sur des textes pris dans Ecoute et Les morts pleureront, deuxième version pour quatre récitants, chœur mixte et bande stéréo, avec Danielle Delorme, Françoise Xenakis, Philippe Bardy, Maxence Mailfort et le Choeur de Radio-France dirigé par Michel Tranchant. 

18 octobre : création de Pour Maurice au Festival Europalia de Bruxelles par Spyros Sakkas et Claude Helffer.

Nommé chevalier de la Légion d’Honneur.

1983

3 février : création de Shaar (la Porte) pour grand orchestre à cordes, par l’Orchestre symphonique de Jérusalem sous la direction de Pablo Izquierdo, lors de l’ouverture au Musée de Tel Aviv du festival israélien de musique contemporaine « Testimonium VI ».

deuxième quinzaine de mai : Participation du CEMAMu, avec l’UPIC aux rencontres « Musique et ordinateur » au Centre de rencontres culturelles et scientifiques d’Orsay qui réunit des institutions telles que l’École Polytechnique, HEC, Supélec, l’INRA. 

21 juin : création simultanée dans plusieurs villes de la région Nord-Pas-de-Calais de Chant des Soleils.

15 juillet : création de Khal Perr par le Quintette Arban et Alsace Percussions aux Hospices de Beaune.

2 décembre : création de Pour les baleines par l’Orchestre Colonne dirigé par Diego Masson, aux Semaines Musicales d’Orléans. 

Élu membre de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin.

1984

14 février : création à Londres de Thalleïn par le London Sinfonietta dirigé par Elgar Howarth.

avril : Xenakis présente en collaboration avec Jean-Louis Véret un projet au concours architectural organisé en vue de la réalisation de la Cité de la Musique au Parc de la Villette :

« Le nouveau Conservatoire National de Musique (N. C. N. M.)
Il est composé de deux entités (a) et (b) distinctes formant une plastique dans l’espace qui se creuse à l’accès le plus au Sud (…) et qui rebondit vers le ciel en une tulipe inversée faite de paraboloïdes hyperboliques en béton armé. (…)

La salle de concerts ‘écrin des sons’.
Acoustique
La Salle au sol a une forme de patatoïde pour annuler les zones de concentration ou d’ombre des sons. Elle est toute en courbe avec un rayon de courbure constamment et uniformément variable, ce qui doit donner une réverbération riche, sans favoriser les registres spectraux particuliers.
Pour que cette propriété soit portée dans la troisième dimension, une torsion de onze degrés environ est appliquée au patatoïde de base (…) ce qui donne à la fois un mélange remarquable des longueurs d’ondes sans effet préférentiel et un effet de mouvement architectural, car il ne faut pas oublier que dans une salle-écrin l’effet de la plastique architecturale intérieure peut-être soit une caresse pour le son soit une agression. (…)
Le sol de cette salle est constitué de cubes d’un mètre de côté afin (…) d’obtenir n’importe quel relief avec des dénivellations par exemple de six mètres. »

Cité de la musique Parc de la Villette – Rapport de présentation, p. 2 et 4

Le projet sera sélectionné avec cinq autres mais finalement pas retenu.

16 avril : Création de Lichens par l’Orchestre Philharmonique de Liège dirigé par Pierre Bartholomée.

2 mai 1984 : Xenakis est reçu à l’Académie des Beaux-Arts au siège de Georges Auric. Olivier Messiaen est l’auteur du discours de réception.

20 mai : création de Naama au Luxembourg par Elizabeth Chojnacka.

septembre-décembre : à Paris, le Festival d’automne – qui a décidé de programmer largement Xenakis pendant les trois années à venir – fait une part importante aux compositions de Xenakis : toutes les œuvres pour et avec piano y sont données, ainsi que des pièces récentes pour orchestre, telles que Aïs, Nekuïa ou Komboï et des œuvres chorales : À Colone, Medea Senecae

1985

30 juin : création au Festival d’Angers de Nyuyo (Soleil couchant) pour shakuhashi, sangen et deux kotos par l’ensemble Yonin-No-Kaï de Tokyo.

24 juillet : création à Strasbourg de Idmen A et B par le Chœur Antifona de Cluj et les Percussions de Strasbourg, dans le cadre du festival « Europa cantat ».

juillet : Centre Acanthes consacré à Xenakis et se déroulant successivement à Villeneuve-lès-Avignon, Salzbourg (Académie d’été du Mozarteum) et Delphes, à l’occasion de l’Année Européenne de la Musique.

15 septembre : Création de Alax à Cologne par l’Ensemble Modern de Francfort, l’Ensemble Köln et le Gruppe für Neue Musik Hanns Eisler de Leipzig, sous la direction de Ernest Bour.

1986

26 janvier : création à Paris, au Théâtre de la Ville, de Jalons par l’Ensemble Intercontemporain commanditaire de l’œuvre pour son dixième anniversaire, et par Pierre Boulez.

Fondation des Ateliers Upic, dont la vocation est essentiellement de former et d’aider des compositeurs travaillant sur le système Upic.

Festival Nieuwe Muziek (19 juin-6 juillet) de De Kloveniersdoelen aux Pays-Bas (Middleburg) : Xenakis participe à une master-class organisée par Morton Feldman et lors de laquelle a lieu un entretien entre les deux compositeurs :

« Morton Feldman : – When I listen to your music (…) I never think of it as a metaphor of drama. I’m enthralled with the sound of it. I’m envolved with its dynamic thrust, I’m involved with its involvement. In other words, I become you when I listen to Xenakis. »  

« A conversation on music – Morton Feldman and Iannis Xenakis », Res n°15, mars 1988, p. 178

4 juillet : création de A l’île de Gorée par Elizabeth Chojnacka et l’Ensemble de Middleburg, dirigé par Huub Kerstens.

19 septembre : création de Keren par Benny Sluchin au Festival Musica de Strasbourg.

13 novembre : création, au Lincoln Center, de Keqrops par Roger Woodward et le New York Philharmonic placé sous la direction de Zubin Mehta.

15 décembre : A Paris, création de Akea au Festival d’Automne par le Quatuor Arditti et Claude Helffer.

1987

26 janvier : création au Théâtre de la Ville, de Jalons, commande de l’Ensemble Intercontemporain pour son dixième anniversaire.

13 juillet : création aux Arènes d’Arles de Taurhiphanie, dans le cadre du Festival de Radio-France à Montpellier. 

2 août : création de À r. (Hommage à Ravel) par Hakon Austbö au Festival International de Radio France et de Montpellier.

21 août : nouvelle version de la Suite de l’Orestie de 1967 à laquelle est ajoutée Kassandra pour baryton et percussions, mise en scène par Iannis Kokkos au festival « Orestiadi de Gibellina ». Le site de la représentation est l’ancien village de Gibellina, détruit par un tremblement de terre et partiellement rasé ; les villageois participent aux choeurs.
L’œuvre est reprise dans une autre mise en scène au Festival Musica de Strasbourg à l’automne.

17 septembre : à Paris, création de Tracées par l’Orchestre National de Lille dirigé par Jean-Claude Casadesus.

24 octobre : création de Horos par l’Orchestre philharmonique du Japon dirigé par Hiroyuki Iwaki, à Tokyo, pour l’inauguration du Suntory Hall.

17 novembre : création de XAS pour quatuor de saxophones par le Quatuor Rascher.

1988

3 mai : création de Ata à Lisbonne dans le cadre du festival Gulbenkian par l’Orchestre symphonique du Südwestfunk, dirigé par Michael Gielen. La création allemande a lieu en octobre au festival de Donaueschingen.

6 mai : création à Londres de Waarg par le London Sinfonietta dirigé par Elgar Howarth.

1er juillet : création de Rebonds par Sylvio Gualda à la Villa Médicis, dans le cadre du Festival « Roma Europa ».

juillet : participe au colloque « Redécouvrir le temps » de l’Université de Bruxelles; son texte fait la synthèse de ses idées sur le temps : 

« Nous voyons à quel point le temps baigne la musique de partout. Le temps sous forme de flux impalpable ou le temps dans sa forme gelée, hors temps, rendue possible grâce à la mémoire. Le temps est le tableau noir sur lequel s’inscrivent les phénomènes et leurs relations hors temps de l’univers où nous vivons. Relations veut dire structures, architectures, règles. Or, peut-on imaginer une règle sans répétition ? Non, certainement pas. D’ailleurs, un événement unique dans une éternité absolue de temps et de l’espace n’aurait pas de sens. Et pourtant, chaque événement, comme chaque individu sur terre est unique. Mais cette unicité est l’équivalent de la mort qui le guette à chaque pas à chaque instant. Or, la répétition d’un événement, sa reproduction aussi fidèle que possible correspond à cette lutte contre la disparition, contre le néant. Comme si tout l’univers luttait désespérément pour se cramponner à l’existence, à l’étant, par son propres renouvellement inlassable à chaqueinstant, à chaque mort. Union de Parménide et d’Héraclite. (…) Le changement, car il n’y a pas de repos, le couple mort et naissance mènent l’univers, par la duplication, la copie plus ou moins conforme. Le plus ou moins fait la différence entre un Univers cyclique pendulaire déterminé strictement et un Univers non déterminé absolument imprévisible. »

« Sur le temps », Revue de l’Université de Bruxelles, p. 200

19 – 24 septembre : festival « Settembre Musica » de Turin, consacré à Xenakis.A cette occasion, publication sous la direction d’Enzo Restagno d’un livre contenant un long entretien avec le compositeur et d’articles portant sur ses œuvres (Xenakis, E. Restagno (ed.), Turin, EDT/Musica, 1988, 315 p.).

1989

janvier : Patrick Fleury consacre quatre émissions hebdomadaires à Xenakis : « Déterminisme et libre-arbitre », « Masses et raréfaction », « Rationalisme et intuition », « Temps et hors-temps ».

1er avril : création de Voyage absolu des Unari vers Andromède, réalisé au CEMAMu, au Temple Kamejama Honyokuji d’Osaka, dans le cadre de l’Exposition Internationale des Cerfs-Volants.

26 avril : création de Échange à Amsterdam par Harry Sparnaay et l’Asko Ensemble dirigé par David Porcelijn.

18 mai : création de Epicycle par Rohan de Saram et l’Ensemble Spectrum dirigé par Guy Protheroe, dans le cadre du « Greek Festival » de Londres.

17 septembre : création de Oophaa au Festival d’Automne de Varsovie par Elizabeth Chojnacka et Sylvio Gualda. 

20 octobre : création à Paris de Okho à l’Opéra-Comique par le Trio Le Cercle dans le cadre du Festival d’Automne. 

Docteur honoris causa de l’Université d’Édimbourg. Membre étranger de l’Académie Royale de Suède.

1990

avril : Xenakis est « Distinguished Resident » à l’Université de Californie à San Diego. Dix-neuf de ses œuvres sont données en concert par les étudiants.

27 avril : création de Tetora par le Quatuor Arditti au Festival « Wittener Tage für Neue Musik ».

24 juin : création à Londres, au Festival Almeïda, de Knephas par le New London Chamber Choir dirigé par Jammes Wood.

9 octobre : création de Tuorakemsu à Tokyo par l’Orchestre symphonique Shinsei, dirigé par Hiroyuki Iwaki, pour le soixantième anniversaire de Toru Takemitsu.

7 décembre : création de Kyania à Montpellier par l’Orchestre Philharmonique de Montpellier dirigé par Zoltán Peskó. 

Nommé Professeur émérite de l’Université Paris-I-Sorbonne.

1991

Xenakis met au point le programme informatique GENDY, qui permet d’introduire, dans le processus de synthèse sonore, un algorithme stochastique appelé « synthèse dynamique stochastique ». 

6 octobre : création de Dox-Orkh par Irvine Arditti et l’Orchestre Symphonique de la BBC dirigé par Arturo Tamayo au Festival Musica de Strasbourg.

17 novembre : création de Gendy3, aux « Rencontres Internationales de Musique Contemporaine » de Metz.

Xenakis est élevé au grade d’officier de la Légion d’Honneur et de commandeur de l’Ordre des Arts et Lettres.

1992

24 mars : création de Roáï à Berlin par l’Orchestre Radio Symphonique dirigé par Olaf Henzold, pour le Jubilée des quarante ans de l’Association Européenne des Festivals de Musique.

mai : création de Krinoïdi, dédié à Enzo Restagno, à Parme par l’Orchestre symphonique d’Emilie-Romagne dirigé par Ramon Encinar.

3 mai : création de La Déesse Athéna à Athènes par Spyros Sakkas et l’Orchestre de la Radiotélévision d’Athènes dirigé par Michel Tabachnik. Cette pièce s’insert dans Oresteia, juste avant le vers 894 des Euménides.

5 décembre : création par la Maîtrise de Radio-France dirigée par Denis Dupays de Pu wijnuej we fyp, dédié à Claude Samuel, sur le texte du Dormeur du val d’Arthur Rimbaud, transformé selon une application bi-univoque de l’alphabet sur lui-même.

14 décembre : création de Paille in the wind par Jacopo Scalfi et Roger Woodward à la Scala de Milan.

1993

26 mars : création de Troorkh, concerto pour trombone et orchestre, par Chrinstian Lindberg et l’Orchestre de la Radio Suédoise dirigé par Esa-Pekka Salonen.

23 juillet : création de Mosaïques à Marseille, par l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, dirigé par Michel Tabachnik.

1er septembre : création, au Queen Elizabeth Hall de Londres, des Bacchantes d’Euripide par Joe Dixon, baryton et le Premiere Ensemble de l’Opera Factory dirigé par Nicholas Kork. L’œuvre sera redonnée neuf fois les jours suivants.

2-4 octobre : trois concerts sont entièrement consacrés à Xenakis aux « Dresdner Tage der zeitgenössischen Musik »  : y sont, entre autres, données les œuvres pour et avec clavecin, ainsi que des œuvres électro-acoustiques.

11 octobre : le Polytope de Cluny est donné au Festival Ultima de Oslo. Jean-Claude Risset assure la régie sonore.

28 octobre : Journée Xenakis organisée à l’Université de Séoul par Yuji Takahashi.

9-13 novembre : À Paris, au Festival d’Automne, spectacle de la Compagnie de ballet de Charleroi, chorégraphié par Lucinda Childs sur Naama, Oopha et Psappha joués par Elizabeth Chojnacka et Sylvio Gualda. Ce spectacle partira ensuite en tournée : Nîmes, Cannes, Grenoble, Amsterdam.

1994

5 avril : création de Zyia au Festival de Musique Contemporaine d’Evreux par Dominique Gaucet, Cécile Daroux, Dimitri Vassiliakis, le choeur d’hommes des Jeunes Solistes dirigé par Rachid Safir.

24 avril : création de Plektó par l’Ensemble Köln dirigé par Robert Platz aux Wittener Tage für Neue Kammermusik.

9 juin : création de Dämmerschein à Lisbonne par l’Orchestre de la Radio de Cologne dirigé par Zoltán Peskó. Les premières allemande et belge de cette œuvre ont lieu dans les jours qui suivent.

16 septembre : création de Sea Nymphs à Londres par les BBC Singers, dirigés par Simon Joly.

21 septembre : création à Varsovie de Mnamas Chapin Witoldi Lutoslavskiemu par l’Orchestre de chambre de Cracovie dirigé par Wojciech Michniewski.

2 décembre : création de S. 709 à Paris, dans le cadre des « Journées UPIC » à Radio-France.

17 décembre : création de Ergma à La Haye par le Quatuor Mondrian.

1995

4 février : au Festival « Présences » de Radio-France, création de la nouvelle version de Dmaathen (version de Cécile Daroux pour flûte en si bémol et percussion amplifiées) par Cécile Daroux et Claire Talibart et première française de Dämmerschein  par l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Elgar Howarth.

16 novembre : création, à la Herkulessaal de Munich, de Voile par le Münchner Kammerorchester dirigé par Christoph Poppen. 

Xenakis est nommé chevalier de la Légion grecque du Phénix et commandeur dans l’Ordre National du Mérite.

1996

1er mars : création de Koïranoï à Hambourg par l’Orchestre Symphonique de la Norddeutscher Rundfunk dirigé par Zoltán Peskó.

10 avril : création à Birmingham de Zythos, pour trombone et six percussionistes par Christian Lindberg et l’Ensemble Kroumata.

10 juin : création à Amsterdam de Kuïlenn pour neuf instruments à vent par le Nederlands Blazers Ensemble, dans le cadre du Festival de Hollande.

9 août : à New York, création de Hunem-Iduhey par Edna Michell et Ole Akahoshi dans le cadre du « Lincoln Center Festival of Arts ».

4 octobre : création de Ittidra pour sextuor à cordes, par le Quatuor Arditti, Thomas Kakuska et Valentin Erben à Francfort-sur-le-Main.

20 octobre : création de Ioolkos par l’Orchestre symphonique du Südwestfunk dirigé par Kwamé Ryan au Festival de Donaueschingen

12 novembre : création de Kaï par l’Ensemble Oh Ton dirigé par David Coleman, à Oldenburg.

6 décembre : à Cologne, création de Roscobeck par Rohan de Saram et Stefano Scodanibbio à la Westdeutscher Rundfunk dans le cadre du Festival « Musik der Zeit ».

1997

23 juillet : création de Sea-Change au Royal Albert Hall de Londres par l’Orchestre symphonique de la BBC dirigé par Andrew Davies.

11 novembre : reçoit au Japon le Prix Kyoto.

30 novembre : création de O-Mega, sa dernière œuvre, à Huddersfield par Evelyne Glennie (percussion solo) et le London Sinfonietta dirigé par Markus Stenz.

1998

janvier-février  : de nombreuses œuvres de Xenakis sont interprétées au festival Présences de Radio-France.

Son état de santé contraint Iannis Xenakis à cesser de composer.

1999

Mai : lauréat avec Stevie Wonder du Prix Polar Music. Mâkhi le représente à Stockholm lors de la cérémonie de remise. 

2000

Mai : Journées « Musique et Mathématiques » à la fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne. Plus de vingt œuvres pour orchestre de Xenakis sont exécutées.

15 décembre : création à Munich par Charles Zacharie Bornstein de Procession aux Eaux claires et du Sacrifice, présentés, avec Metastasis comme le cycle complet des Anastenaria.

2001

4 février : Iannis Xenakis s’éteint à cinq heures du matin.