Catégories
Polytopes

Diatope (Polytope de Beaubourg)

1978

Pour l’inauguration du centre Georges Pompidou en 1978, son président Robert Bordaz passe la commande d’un nouveau Polytope à Xenakis. Les ambitions du compositeur sont énormes : il veut relier les monuments de Paris et le nouveau centre par un immense réseau de lasers en diffusant de la musique par les sirènes d’alerte de la ville de Paris. Cette dernière, sans surprise, refuse… Alors, il propose d’immerger de sons et de lumières la façade du nouveau centre ainsi que les immeubles mitoyens. Il propose ensuite une gigantèsque toile d’araignée faite de câbles métalliques, recouverts de flashes électroniques. Face aux refus techniques, sociologiques, et psychologiques qui lui ont été opposés, il propose finalement un pavillon autonome, qui pourrait voyager à travers le monde, comme ambassadeur du centre Pompidou et qui porterait le nom de Diatope. Ce dernier s’inspire du Pavillon Philips ; sa coque est composée de deux arcs en acier (de 20 mètres d’hauteur), qui soutiennent trois paraboloïdes hyperboliques, maintenus par un réseau de câbles d’acier, portant une toile rouge translucide. Le sol est composé de carreaux de verres, tandis que six colonnes à l’intérieur portent les 4 rayons lasers ainsi que les 400 miroirs réfléchissants et pivotants, nécessaires pour créer un spectacle dense et lumineux. Les 1600 flashes électroniques sont fixés aux câbles de la structure du pavillon. La musique de La Légende d’Eer (7 pistes, 46 minutes) spécialement conçue pour l’occasion est composée dans les studios du WDR à Cologne et au Cemamu à Paris. Elle est spatialisée et diffusée par 8 haut-parleurs disposés dans l’enceinte du Diatope. Les 3 représentations journalières du spectacle lumineux et musical sont entièrement automatisées. Xenakis, propose aussi un ensemble de textes qui apparaissent dans la brochure du Diatope comme arguments du spectacle : « La Légende d’Eer », de la République de Platon, « Poimandrès » attribué à Hermès Trismégiste,  « L’infini » des Pensées de Pascal, « Siebenkäs » de Jean Paul Richter et « Supernova » de Robert Kirschner. Sur les 10 000 spectateurs parisiens vont s’ajouter 25 000, spectateurs de la ville de Bonn en Allemagne où le Diatope s’installe à partir de Mai 1979, durant six mois. Une correspondance importante de Xenakis avec différents organismes et pays dont la Grèce, la France, les États-Unis ou l’Angleterre montre à quel point Xenakis souhaitait faire voyager le Diatope à travers le monde. Mais, le coût de la réinstallation étant prohibitif, la coque du Diatope ainsi que l’infrastructure électronique deviendront finalement inutilisables puis détruits. La musique sera le seul élément survivant de ce projet. La Légende d’Eer est encore aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre de la musique électroacoustique.

Le spectacle du Diatope, extrait du documentaire « L’Homme en question » réalisé par Pierre-André Boutang et Jean Baronnet (1978)