Extraits d'œuvres de Xenakis.
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Écrit en 1986, Keqrops (tissage) est le troisième concerto pour
piano de Xenakis. Cette œuvre puissante, monumentale, a été composée pour le pianiste australien
Roger Woodward, l’Orchestre Philharmonique de New York et son directeur d’alors, Zubin Mehta.
L’orchestre présente la grande formation par quatre, avec une percussion réduite aux seules
peaux, et une harpe. La redoutable partie de piano est souvent écrite sur quatre portées,
voire six, se faisant ainsi à peine moins exigeante que celle sur dix portées (une par doigt)
de Synaphaï. Bien que l’orchestre ne laisse le pianiste seul qu’une dizaine de mesures,
il ne lui est guère offert de répit.
Avec l’aimable autorisation de Deutsche Grammophon
Tétras (1983) est dédié au célèbre Quatuor Arditti. Il s’agit de
l’une des pages les plus spectaculaires de tout le répertoire pour le quatuor d’archets,
mais au-delà de la performance d’ordre athlétique, il faut y voir une page de musique puissante
et touffue, s’écartant de l’écriture aérée du quatuor traditionnel au profit de la globalité
caractéristique de Xenakis. Le titre grec se réfère naturellement au chiffre quatre, mais
la partition révèle que les quatre archets sont quatre-en-un.
Avec l’aimable autorisation de Naïve-Auvidis
Thallein, en 1984, est le fruit de la deuxième commande du London
Sinfonietta à Xenakis. Le titre signifie bourgeonner, la formation de quatorze instruments
est celle de l’ensemble britannique, quatre bois, trois cuivres et un percussionniste jouant
en plus des peaux traditionnelles (bongos, toms, grosse caisse) cinq woodblocks, quatre maracas,
un grand gong et un vibraphone. Avec ses dix-sept minutes, cette partition est l’une des
pièces pour ensembles les plus développées de Xenakis.
Avec l’aimable autorisation de Vandenburg
Composée en 1990, Kyanya est la plus vaste des œuvres tardives
de Xenakis, d’une durée dépassant vingt minutes. A une époque où Paris négligeait le compositeur,
qui vivait essentiellement de commandes venues de l’étranger, ce fut Montpellier qui sauva
l’honneur en lui passant cette commande, et qui en assura la création le 7 décembre 1990
avec l’Orchestre philharmonique de cette ville sous la direction Zoltan Pesko. Kyanya désigne
un « pays bleu-outremer-sombre », son étymologie se référant au cyanure. L’œuvre,
d’une puissance cyclopéenne et âpre, encore plus massive et opaque que les précédentes, évoque
parfaitement la Grèce archaïque de Mycènes, la plus chère au compositeur.
Avec l’aimable autorisation de Yuji takahashi, New Japan Philharmonic et Fontec Inc.
Commande du Festival Testimonium de Jérusalem, œuvre rugueuse, gutturale, austère, N’Shima (1975)
est un duo vocal fondé sur une dizaine de mots hébreux sélectionnés pour leur valeur phonétique
et sémantique. L’œuvre, dont le titre signifie en hébreu souffle, esprit, fait appel à deux
mezzo-sopranos, voix paysannes, chaudes, de gorge, pleines, rondes et homogènes, non travaillées
au conservatoire et dépourvues de vibrato, avec deux cors, deux trombones et violoncelle.
Avec l’aimable autorisation de Col Legno.
Partition maîtresse de Iannis Xenakis, écrite en 1977, Jonchaies a
été composée de façon très subjective, comme en convient son concepteur. Elle mobilise cent
neuf musiciens, les instruments à vent par quatre, clarinettes et cors par six, les cordes
étant soixante-dix afin de faire face à la masse des vents et percussions, restant ainsi
parfaitement audibles ; mais Xenakis leur refuse toute dimension sensuelle ou sentimentale,
proscrivant le vibrato, nombre de ses partitions s’ouvrant d’ailleurs sur l’avertissement
global : vibrato interdit ! Le titre Jonchaies ne fait pas allusion au champêtre mais
à la structure de la pièce, à sa polyphonie enchevêtrée,dense, fluctuante comme un tapis
de joncs.
Avec l’aimable autorisation de Col Legno.
Première page purement vocale de Xenakis, Nuits pour douze voix
mixtes solistes date de 1967, désormais considérée comme une classique du XXe siècle.
Cette œuvre qui repose sur des phonèmes sumériens, syriens, achéens et autres, a été créée
au Festival de Royan par les solistes du Chœur de Radio France sous la direction de Marcel
Couraud. La dédicace est la suivante : « Pour vous, obscurs détenus politiques, Narcisso
Julian (Espagne) depuis 1946, Costa Philinis (Grèce) depuis 1947, Eli Erythriadou (Grèce)
depuis 1950, Joachim Amaro (Portugal) depuis 1952, et pour vous, milliers d’oubliés, dont
les noms même sont perdus ».
Avec l’aimable autorisation de Musidisc, un label Universal.
Persephassa de 1969 est une œuvre monumentale pour ensemble de six percussions,
à laquelle Pléïades fera écho dix ans plus tard. Comme cette dernière, Persephassa a
été écrite à l’intention des Percussions de Strasbourg. Xenakis y condense son avidité à
dépeindre la relativité de l’espace et du temps. Six percussionnistes debout en cercle, jouent
de toute une variété d’instruments a percussion, de sirènes, de sifflets. Conformément à
la théorie des cribles, les temps sont systématiquement déplacés à l’intérieur de cribles
particuliers, ce qui engendre toute une complexité de rythmes croisés, de phrases enchevêtrées,
de changements d’accents et de densité.
Avec l’aimable autorisation de Mode Records.
En 1975, Xenakis composait Phlegra (du nom du champ de bataille
entre les Titans et les nouveaux dieux de l’Olympe) pour onze instruments (bois, cuivres
et cordes, sans percussion) à l’intention du London Sinfonietta sur l’initiative de la Fondation
Gulbenkian. Xenakis rappelle dans sa préface qu’il travaille ici par organisation de textures,
principalement d’arborescences mélodiques, de marches aléatoires (mouvements browniens),
de notes répétées suivant des règles dynamiques, etc. Phlegra est une page animée,
colorée, plutôt joyeuse, ce qui est rare chez Xenakis.
Avec l’aimable autorisation d’Erato Disques.
A l’Ile de Gorée est un autre concerto de Xenakis, la nature du
soliste (un clavecin) expliquant sans doute à elle seule la formation réduite à un ensemble
instrumental. Ce concerto pour clavecin a été conçu en 1986 pour Elisabeth Chojnacka, déjà
dédicataire de deux grandes pièces pour clavecin seul, Khoaï et Naama, et d’un
duo pour clavecin et percussion, Komboï. L’île de Gorée, au large de Dakar (Sénégal),
fut autrefois le marché mondial de la traite des noirs, explique le compositeur. Il s’agit
donc d’un hommage aux noirs qui, arrachés de force à leur terre, en route pour l’atroce esclavage,
ont su conquérir dans certains pays « civilisés » de leur déportation une place
de premier plan. L’ensemble de douze instrumentistes renonce à toute percussion, si ce n’est
le clavecin (amplifié) lui-même qui joue quasi constamment. Cordes et bois sont souvent écrits
en sous-harmoniques, ce qui leur permet d’entourer le soliste sans le couvrir.
Avec l’aimable autorisation d’Erato Disques.
Créée à Athènes le 3 mai 1992 par Spyros Sakkas et l’Ensemble de la Radiotélévision d’Athènes
dirigés par Michel Tabachnik, La Déesse Athéna pour baryton et ensemble
de onze musiciens est extraite de la musique de scène que Xenakis composa pour l’Oresteïa d’Eschyle
(1966, complétée en 1987 par la scène Kassandra). C’est à la suite d’une commande
de la petite ville du Michigan, Ypsilanti, dont les habitants entendaient célébrer leurs
ancêtres grecs, que Xenakis se lança dans la composition de cette vaste partition destinée
à ponctuer les représentations de la grande trilogie tragique antique Agamemnon, Les Choéphores,
Les Euménides.
Avec l’aimable autorisation de Naïve.
Composé en 1991 pour violon solo et quatre-vingt-neuf musiciens, Dox-Orkh est
le fruit d’une commande du Festival Musica de Strasbourg pour Irvine Arditti, premier violon
du Quatuor Arditti, qui en a donné la création mondiale le 6 octobre 1991 avec l’Orchestre
Symphonique de la BBC dirigé par Arturo Tamayo.
Avec l’aimable autorisation de BIS.
Jalons, commande de 1986 de l’Ensemble Intercontemporain pour son
dixième anniversaire, a été créé en janvier de l’année suivante sous la direction de Pierre
Boulez. L’effectif est de quinze musiciens, flûte prenant aussi le piccolo, hautbois, clarinette,
clarinette basse (prenant la contrebasse), cor, trompette, trombone, tuba, harpe et quintette
à cordes, à l’exclusion de toute percussion. Jalons est une pièce âpre, rude et massive,
sans compromis et même sans zone polarisée à l’exception d’un nombre infime de mesures.
Avec l’aimable autorisation d’Erato Disques.
Commande du ministère de la Culture pour la Fête européenne de la musique à Strasbourg
en 1985, Idmen est une œuvre bicéphale dont les volets peuvent être
interprétés ensemble ou séparément. Idmen A est écrit pour un grand chœur mixte à
trente-deux parties réelles pouvant de ce fait comprendre tout multiple de trente-deux chanteurs.
Il s’y ajoute quatre claviers de percussion. Idmen B est une page pour les six musiciens
des Percussions de Strasbourg, la brève intervention du chœur pouvant aisément être négligée
lorsque le morceau est joué séparément. Aux familles d’instruments à percussion habituelles
s’ajoutent les sixxens, déjà utilisés pour la première fois dans Pleïades.
Avec l’aimable autorisation d’Erato Disques.
Ioolkos a été composé par Xenakis pour le 75e anniversaire
des Donaueschinger Musiktage en 1996. En 1954, avec Metastaseis, le compositeur avait
réussi à établir un formidable lien entre l’architecture et la musique. Ioolkos est
en d’une certaine façon le pendant. Tandis que dans Metastaseis, des clusters naissaient
progressivement d’un son isolé et de son mouvement, Ioolkos est marqué d’emblée par plusieurs
clusters qui se développent.
Avec l’aimable autorisation de Col Legno.