1922-1929 - 1930-1939 - 1940-1949 - 1950-1959
1960-1969 - 1970-1979 - 1980-1989 - 1990-2001

ImageChronologie

Biographie dûe à A.S. Barthel-Calvet

1922

29 mai : naissance à Braïla, en Roumanie, de Iannis, au foyer de Clearchos Xenakis et Photini Pavlou, des Grecs de la diaspora (la date de naissance est cependant incertaine : il pourrait s’agir du 1er juin et, pour l’année, de 1921). Il est l’aîné de trois garçons ; ses frères Cosmas et Jason deviendront, l’un peintre, l’autre professeur de philosophie aux États-Unis.

Son père, fils d’un cultivateur d’Eubée, dirige une agence anglaise d’import-export ; sa mère, bonne pianiste, parle couramment le français et l’allemand. Elle fait cadeau d’une flûte à son fils et souhaite qu’il fasse de la musique. Le couple Xenakis se rend plusieurs fois au festival de Bayreuth dans les années 1920.

1927

Sa mère enceinte contracte la rougeole et meurt après avoir mis au monde une petite fille qui ne survit pas. Les enfants seront élevés par des gouvernantes française, anglaise et allemande.

1932

Iannis quitte la Roumanie pour la Grèce : son père l’emmène au collège gréco-anglais de l’île de Spetsai. À l’éveil du goût de l’adolescent pour les mathématiques et la littérature grecque et étrangère s’ajoute la découverte de la musique.

1938

Automne : Xenakis part pour Athènes, en classe préparatoire au concours d’entrée au Polytechnio (école polytechnique d’Athènes).

Il commence à composer et prend des leçons d’analyse, d’harmonie et de contrepoint avec Aristote Koundourov. Il réalise une transcription géométrique d’oeuvres de Bach.

1940

Il réussit le concours d’entrée à l’école polytechnique d’Athènes, mais le jour de la rentrée, le 28 octobre, les troupes de Mussolini envahissent la Grèce et l’école doit fermer. Elle rouvrira puis fermera à plusieurs reprises.

1941

Xenakis s’engage dans la Résistance, d’abord dans un parti de droite, puis il rejoint l’EAM (parti communiste) ; au premier rang des grandes manifestations populaires contre l’occupant, il est plusieurs fois emprisonné, par les Italiens, puis par les Allemands. Ses livres de référence sont à la fois Platon, Marx et Lénine.

1944

12 octobre : les Allemands évacuent la Grèce.

5 décembre : l’armée britannique instaure la loi martiale.

Xenakis s’engage dans un bataillon étudiant de l’ELAS (Armée nationale populaire) ; il commande la compagnie Lord Byron.

1945

1er janvier : un obus anglais frappe l’immeuble que défend Xenakis avec deux autres camarades ; il reçoit un éclat en plein visage, qui lui défonce la mâchoire et lui crève l’oeil gauche. Laissé pour mort, il est transporté par son père à l’hôpital, où il subit de nombreuses interventions chirurgicales.

Mars : Xenakis sort de l’hôpital et reprend ses études tout en menant une activité politique clandestine ; il est incarcéré à plusieurs reprises.

1946

Février : il passe avec succès ses examens terminaux à l’École polytechnique malgré sa vie semi-clandestine.

1947

16 janvier : mémoire de fin d’études sur « Le béton armé ».

Il s’enfuit d’un camp et reste reclus six mois dans un appartement à Athènes.

Septembre : grâce à un faux passeport obtenu par son père, il parvient, sous le nom de Konstantin Kastrounis, à embarquer sur un cargo en partance pour l’Italie. Désireux de se rendre aux États-Unis, il décide de passer par Paris.

11 novembre : avec l’aide de communistes italiens, il franchit illicitement la frontière à Vintimille.

En Grèce, il est condamné à mort par contumace pour terrorisme politique. Son père et son frère sont emprisonnés.

Décembre : Xenakis entre à l’atelier Le Corbusier comme ingénieur, sur la recommandation de l’architecte Georges Candilis.

Il participe à divers projets et réalisations.

1949

Xenakis cherche à étudier la composition avec différents professeurs qui, finalement, ne conviennent pas à sa personnalité : Honegger à l’École normale de musique, puis Milhaud qui remplace celui-ci.

Il s’adresse également à Nadia Boulanger qui se déclare trop âgée pour reprendre les bases d’harmonie et de contrepoint avec lui. Elle lui conseille de prendre contact avec Annette Dieudonné qui l’incite à aller voir Messiaen.

1949-1952

Xenakis écrit vingt-quatre pièces (dont le catalogue a été établi par François-Bernard Mâche), essentiellement pour piano seul, ou bien pour voix et piano.

1950

Xenakis rencontre Françoise.

Il suit les premiers concerts du Groupe de recherche de musique concrète de Pierre Schaeffer et tente en vain de participer à ce groupe.

1951

Il se présente à Messiaen pour lui demander conseil. Celui-ci l’invite à assister à ses cours, que Xenakis suivra régulièrement en 1952 et plus irrégulièrement en 1953. Il y côtoiera entre autres Karlheinz Stockhausen.

1953

À la demande de Le Corbusier, Xenakis organise pour le Congrès international d’architecture moderne (CIAM) un « concert spatialisé » sur le toit de l’Unité d’habitation de Marseille, avec trois sortes de musique en trois points différents de la terrasse (musique concrète, musique traditionnelle de l’Inde et du Japon, jazz).

Août : La Colombe de la paix est jouée au Quatrième Festival mondial de la jeunesse pour la Paix et l’Amitié de Bucarest.

Xenakis se lance dans la composition du triptyque des Anastenaria : Procession vers les eaux claires (achevé début 1953), Le Sacrifice (été 1953) et, enfin, Metastasis (fin 1954).

3 décembre : mariage avec Françoise.

1954

Le Corbusier l’associe comme principal collaborateur au projet du couvent de la Tourette à Éveux-sur-l’Arbresle, dont il a reçu commande deux ans auparavant. Xenakis y travaillera jusqu’en 1957 :

« La forme générale est de Le Corbusier, tandis que la structure interne a été conçue par moi-même, à partir de discussions avec les moines. [...] les pans de verre sous l’alignement des cellules sont quasi exclusivement mon oeuvre. Il en va de même pour les chapelles rondes et les "canons de lumière" qui en sortent. Je les ai orientés de manière à capter la lumière du soleil à l’équinoxe. »

Bálint András Varga, Conversations with Xenakis, Faber & Faber, 1996, p. 23.

Xenakis déploie sur la façade ouest la triple rangée des fameux « pans de verre ondulatoires ». Il travaille à la composition de Metastasis dont il conçoit graphiquement les textures de glissandi, selon des courbes paraboloïdes réglées. Deux ans plus tard, il utilisera le même principe en architecture, pour la construction du Pavillon Philips.

23 septembre : après avoir envoyé sa partition de Procession vers les eaux claires - qui lui est retournée -, Xenakis réussit à obtenir un rendez-vous avec Schaeffer, grâce à l’appui de Messiaen. Schaeffer demande à Pierre Henry d’examiner la partition du Sacrifice ; celui-ci la montre à Scherchen lors des répétitions de Déserts de Varèse, répétitions auxquelles assiste Xenakis. Après lui avoir déclaré qu’il ne jouerait pas Le Sacrifice, Scherchen demande à voir Metastasis, qu’il propose sur-le-champ de diriger.

Sur les conseils de Dimitri Mitropoulos, Xenakis envoie également sa partition à Heinrich Strobel, directeur du festival de Donaueschingen qui la programme pour l’automne suivant avec Hans Rosbaud.

1955

Juillet : Xenakis publie « La crise de la musique sérielle » dans le premier numéro des Gravesaner Blätter. Ce texte correspond très probablement à une communication qu’il a faite au colloque organisé à Gravesano du 24 au 31 juillet par Hermann Scherchen sur le thème : « Was ist leichte Musik ? ».

Xenakis y dénonce le principe même de la série et l’organisation polyphonique qui en découle.

« [...] le système sériel est remis en question en ses deux bases, qui contiennent en germe leur destruction et leur dépassement propres :

a) la série ;

b) la structure polyphonique.

La série (de toute nature) procède d’une "catégorie" linéaire de la pensée. Elle est un chapelet d’objets en nombre fini. [...]

Le calcul combinatoire n’est qu’une généralisation du principe sériel. Il se trouve en germe dans le choix de l’arrangement original des 12 sons. [...]

La polyphonie linéaire se détruit d’elle-même par sa complexité actuelle. Ce qu’on entend n’est en réalité qu’amas de notes à des registres variés. La complexité énorme empêche l’audition de suivre l’enchevêtrement des lignes et a comme effet macroscopique une dispersion irraisonnée et fortuite des sons sur toute l’étendue du spectre sonore. Il y a par conséquent contradiction entre le système polyphonique linéaire et le résultat entendu, qui est surface, masse.

Cette contradiction inhérente à la polyphonie disparaîtra lorsque l’indépendance des sons sera totale. En effet, les combinaisons linéaires et leurs superpositions polyphoniques n’étant plus opérantes, ce qui comptera sera la moyenne statistique des états isolés de transformation des composantes à un instant donné. [...] Il en résulte l’introduction de la notion de probabilité, qui implique d’ailleurs dans ce cas précis le calcul combinatoire. »

« La crise de la musique sérielle », dans Kéleütha. Écrits, L’Arche éditeur, 1994, p. 40-42.

15 octobre : création de Metastasis au festival de Donaueschingen par l’orchestre du Südwestfunk, sous la direction de Hans Rosbaud. Scandale dans ce haut lieu du sérialisme.

« Je fus plusieurs années proscrit de toutes les manifestations de musique d’avant-garde d’Allemagne ; toutefois, plus tard, c’est là que j’ai commencé à être connu [...]. »

« Entretien avec Mario Bois », Bulletin d’information, no 23, Boosey & Hawkes, 1966, p. 4.

Xenakis entre au Groupe de recherches de musique concrète (qui deviendra Groupe de recherches musicales en 1958) de Pierre Schaeffer, aux travaux duquel il participera jusqu’en 1962. La première oeuvre qu’il y réalise est Diamorphoses.

1956

16 mai : naissance de sa fille Mâkhi Zyïa.

Juillet : publication dans le no 6 des Gravesaner Blätter de « Théorie des probabilités et composition musicale », qui sera repris dans Musiques formelles (La Revue Musicale, no 253-254, éd. Richard-Masse) : Xenakis y expose les lois stochastiques utilisées dans la composition de Pithoprakta à laquelle il travaille.

Il conçoit la Maison de la culture et de la jeunesse de Firminy. Octobre : il commence à concevoir les plans du Pavillon que la firme Philips a commandé à Le Corbusier pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, et pour lequel celui-ci avait simplement jeté l’idée d’une « structure creuse de forme libre ». À l’intérieur, des projections d’images et de lumières et une oeuvre électroacoustique spatialisée seraient proposées aux spectateurs. Le Corbusier avait d’ailleurs imposé Varèse à Philips pour la réalisation de ce Poème électronique.

« C’était une occasion unique pour moi d’imaginer un édifice constitué, dans sa structure et dans sa forme, seulement par des paraboloïdes hyperboliques (P. H.) et par des conoïdes et qui soit autoportant. »

Iannis Xenakis, Musique Architecture, Casterman, 1976, p. 134.

Il reprend la structure graphique des textures de glissandi de Metastasis :

« Mes propres recherches musicales sur les sons à variation continue en fonction du temps [...] me faisaient pencher pour des structures géométriques à base de droites : des surfaces réglées. »

Musique Architecture, op. cit.

Pour la première fois, Xenakis entre en conflit avec Le Corbusier qui refuse de lui reconnaître la paternité de ce Pavillon qu’il a pourtant entièrement conçu. Le Corbusier acceptera finalement une cosignature de l’ouvrage.

Xenakis réalise également Concret P. H., brève oeuvre de musique concrète alternant avec le Poème électronique de Varèse.

1957

Xenakis reçoit une bourse de la Fondation européenne pour la culture, dont le jury est présidé par Nicolas Nabokov.

8 mars : création de Pithoprakta au Festival Musica viva de Munich, par l’orchestre de la radio bavaroise dirigé par Hermann Scherchen.

1958

20 juillet : création de Achorripsis à Buenos Aires par l’orchestre du Teatro Colón dirigé par Hermann Scherchen.

Xenakis publie « À la recherche d’une musique stochastique ». Ce texte sera repris dans Musiques formelles (op. cit., p. 37). Il y explique les principes de composition stochastique utilisés dans Achorripsis, dont il analyse un extrait.

« Il y a avantage à définir le hasard comme une loi esthétique, comme une philosophie normale. Le hasard est la limite de la notion de la symétrie qui évolue. La symétrie tend à la dissymétrie qui équivaut dans ce sens à la négation des cadres hérités d’une tradition [...]. Tout se passe comme s’il y avait oscillations biunivoques entre la symétrie, l’ordre, le rationnel, et la dissymétrie, le désordre, l’irrationnel, et ceci dans les réactions entre les époques des civilisations. »

Gravesaner Blätter, nos 11-12.

Il fait la connaissance au GRM (Groupe de recherches musicales) de François-Bernard Mâche qui sera un de ses plus fidèles amis.

5 octobre : à Bruxelles, création de Diamorphoses, bande réalisée au GRM.

1959

Création française de Achorripsis à la salle Pleyel par Hermann Scherchen à la tête des Concerts Lamoureux. Hostilité des sériels et d’une bonne partie de la critique.

Été : création de Analogiques A et B par Hermann Scherchen au Festival de Gravesano.

1er septembre : Xenakis est licencié par Le Corbusier, ainsi que deux de ses collègues.

Création de Metastasis et Pithoprakta à Stockholm.

1960

Création française de Pithoprakta par Hermann Scherchen.

Xenakis est membre du jury de la Biennale du musée d’Art moderne.

Avec Michel Philippot, Abraham Moles et Alain de Chambure, il fonde le MYAM, groupe informel de réflexion sur les mathématiques et la musique.

Mai : à Cannes, présentation du court métrage Orient-Occident d’Enrico Fulchignoni, commandé par l’Unesco avec une oeuvre électroacoustique homonyme de Xenakis. Il évoque ce film avec François Delalande.

Xenakis compose également Vasarely, pièce instrumentale (retirée du catalogue), pour un court métrage de P. Kassovitz et E. Szabó.

Il commence à publier dans les Gravesaner Blätter un long texte intitulé « Éléments de musique stochastique » dont la parution s’étendra en 1961 et qui constituera le chapitre ii, « Musique stochastique markovienne », de Musiques formelles. Il y propose une représentation granulaire du son et l’intégration d’une « mémoire » aux processus stochastiques avec l’utilisation de chaînes markoviennes.

1961

17-23 avril : il participe à Tokyo au congrès international « Orient-Occident » (« East-West Music Encounter »). Parmi les compositeurs occidentaux : Berio, Carter, Cowell, Sessions, ainsi que le musicologue Stuckenschmidt.

29 avril : il présente à Tokyo un concert de musique expérimentale, comprenant pas moins de dix-huit oeuvres instrumentales et électroniques de compositeurs occidentaux.

Rencontre au Japon de Yuji Takahashi qui restera un de ses interprètes les plus dévoués ; le compositeur Toru Takemitsu le présente à Seiji Ozawa.

Xenakis compose Forme rouge (retiré du catalogue) pour un court métrage d’animation de P. Kamler.

Été : Scherchen lui demande de tracer les plans d’un auditorium à Gravesano.

1962

2 février : création de Herma par Yuji Takahashi à Tokyo.

Ayant mis au point un programme informatique de composition musicale, Xenakis compose la « famille » des ST, à l’aide des données calculées par l’ordinateur IBM 7090.

24 janvier : ST/48 - 1,240 162, pour orchestre de 48 instruments, qui sera créé seulement le 26 octobre 1968 (« Journée Xenakis » des SMIP, Semaines musicales internationales de Paris).

8 février : ST/10 - 1,080262 et sa réduction pour quatuor à cordes (réalisée par Konstantin Simonovitch) ST/4 - 1,080262, qui seront créés le 24 mai 1962 au siège d’IBM, respectivement par l’Ensemble de musique contemporaine de Paris et le Quatuor Bernède.

3 juillet : Morsima-Amorsima (ST/4 - 1,030 762), créé le 16 décembre à Athènes sous la direction de Lukas Foss, ainsi que sa transcription pour dix instruments Amorsima-Morsima, retirée du catalogue.

6 septembre : Atrées (ST/10 - 3,060 962)  est créé par l’Ensemble de musique contemporaine de Paris sous la direction de Constantin Simonovitch.

25 avril : création de Stratégie au Festival Venezia par l’orchestre du Festival dirigé par Bruno Maderna et Konstantin Simonovitch.

Mai : organisation du « concert collectif » du GRM. Oeuvre collective réalisée à partir de fragments composés par les neuf participants (Ballif, Bayle, Canton, Ferrari, Mâche, Malec, Parmegiani, Philippot et Xenakis), la conception de son organisation globale s’oriente selon des principes spécifiquement xenakiens :

« [...] le problème du concert collectif a glissé rapidement sur la pente stochastique.

Notamment, la proposition de Xenakis à la réunion de février chez F. Bayle préconisait l’étude, à l’aide de matrices de probabilités de passage, d’une superstructure qui laisserait la liberté à l’intérieur de chaque séquence choisie par les compositeurs, tout en conditionnant l’ensemble du processus qui serait ainsi rigoureusement et stochastiquement mécanisé. »

« Deux textes préparés pour le concert collectif », premier texte, BNF, Musique, archives Xenakis.

Diverses restrictions sont apportées au projet dont Xenakis, déçu, se retire. Il quitte alors le GRM. Il y reviendra sporadiquement, en particulier pour enregistrer et mixer la bande du Polytope de Montréal, en 1967, et réaliser des versions quatre pistes de Concret P.H. et Orient-Occident (1969).

Xenakis est invité au Festival d’automne à Varsovie. Ses oeuvres y reçoivent un accueil très favorable.

25 octobre : création de Polla ta Dhina par Hermann Scherchen au Festival de musique « légère » de Stuttgart.

15 décembre : à Paris, création scandaleuse de Bohor, réalisé au GRM, qui entraînera un froid permanent avec Pierre Schaeffer, dédicataire de l’oeuvre.

1963

24 avril : première exécution d’une oeuvre de Xenakis au Domaine Musical ; Herma, par Georges Pludermacher, donné avec les Opus 11 et 23 de Schönberg, Inventions d’Amy, Constellation de Boulez, Trio de Kotonski.

« Je reste sceptique au sujet du pianiste proposé par Xenakis. [...] Je suis sûr d’autre part que la pièce de Xenakis lassera ; c’est pourquoi je fais passer Amy auparavant. »

Lettre de Pierre Boulez à Suzanne Tézenas, 16 avril 1963.

Jésus Aguila, Le Domaine Musical. Pierre Boulez et vingt ans de création contemporaine, Paris, Fayard, 1992, p. 31.

Le succès de l’exécution de Herma fut tel que Georges Pludermacher dut la redonner en bis.

Été : invité par Aaron Copland à enseigner la composition au Berkshire Music Center de Tanglewood (Massachusetts). Parmi ses étudiants, Jean-Pierre Guézec et David Del Tredici. Il commence à travailler sur Eonta à Tanglewood et note des «cribles» dans ses brouillons.

Octobre : publication de Musiques formelles. Nouveaux principes de composition musicale, nos 253-254 de La Revue Musicale éditée par Richard-Masse. À cette synthèse reprise de différents articles parus pour l’essentiel dans les Gravesaner Blätter, Xenakis ajoute un nouveau chapitre, « Musique symbolique », se rapportant aux principes compositionnels utilisés pour Herma. Cet ouvrage sera réédité aux éditions Stock en 1981. Il connaît une version anglaise légèrement différente en 1971, rééditée et encore augmentée en 1992.

Automne 1963 - printemps 1964 : Xenakis séjourne à Berlin-Ouest grâce à une bourse de la Fondation Ford. Il y développe ses nouvelles idées compositionnelles (coupure hors-temps/en-temps, cribles), exposées pour la première fois dans « La voie de la recherche et de la question » :

« Il faut distinguer deux natures : en-temps et hors-temps. Ce qui se laisse penser sans changer par l’avant ou l’après est hors-temps. Les modes traditionnels sont partiellement hors-temps, les relations ou les opérations logiques infligées à des classes de sons, d’intervalles, de caractères... sont aussi hors-temps. Dès que le discours contient l’avant ou l’après on est en-temps. L’ordre sériel est en-temps, une mélodie traditionnelle aussi. Toute musique, dans sa nature hors-temps, peut être livrée instantanément, plaquée. Sa nature en-temps est la relation de sa nature hors-temps avec le temps. En tant que réalité sonore il n’y a pas de musique hors-temps pure ; il existe de la musique en-temps pure, c’est le rythme à l’état pur. »

Preuves, no 177, novembre 1965, p. 34.

1964

Janvier : à Berlin, Xenakis écrit son essai « La Ville cosmique » pour le livre de Françoise Choay, L’Urbanisme. Utopies et réalité (Paris, Le Seuil, 1965), qui sera repris dans Musique Architecture, op. cit., 1976. Pour mettre un terme à l’extension horizontale du tissu urbain, il propose un modèle de tours gigantesques de plusieurs kilomètres d’altitude, susceptibles de contenir une forte densité de population humaine. Ce modèle, indépendant des variations climatiques, aurait une vocation universelle.

Juillet : création des Suppliantes (Hiketides) au théâtre d’Épidaure, en l’absence de Xenakis, toujours condamné à mort et déchu de sa nationalité grecque.

16 décembre : création de Eonta au Domaine Musical, commanditaire de l’oeuvre, par Yuji Takahashi et l’ensemble du Domaine Musical dirigé par Pierre Boulez. Jugeant la partition injouable telle quelle, celui-ci fait jouer les cinq parties de cuivres par dix instrumentistes selon le principe du relais.

Le projet initial demandé par le Domaine Musical devait être une oeuvre pour percussions et cuivres intitulée Achos-Aphès-Phos conçue pour être donnée avec une sculpture cybernétique de Nicolas Schöffer.

1965

Mai : Xenakis obtient la nationalité française grâce à l’aide de Georges Pompidou et de Georges Auric.

20 mai : Paris, salle Gaveau, « Festival Xenakis », premier concert monographique, par l’Ensemble instrumental de musique contemporaine de Paris dirigé par Constantin Simonovitch et avec le pianiste Yuji Takahashi. Au programme : ST/10 - 1, 080 262, Herma, Analogiques A et B, Eonta, Syrmos (création), Atrées, Achorripsis.

Xenakis reçoit le grand Prix de l’Académie du Disque français.

1966

4 mars : Pithoprakta est donné à San Francisco sous la direction de Aaron Copland.

3 avril : création de Terretektorh au Festival de Royan par l’orchestre de l’ORTF, sous la direction de Hermann Scherchen. C’est la dernière oeuvre de Xenakis que Scherchen créera avant sa mort.

Avril : Xenakis participe au colloque international « Musics of Asia » organisé par l’Unesco à Manille. Il y donne une conférence intitulée Structures hors-temps.

Achorripsis y est joué. Des concerts présentent également sa musique en confrontation avec des musiques traditionnelles philippines.

5 mai : création à Brême de Nomos Alpha par Siegfried Palm.

11 juin - 4 septembre : Oresteïa (première version) créée et donnée trois fois par semaine à Ypsilanti (Michigan).

28-29 juin : deux concerts de l’English Bach Festival sont consacrés à des oeuvres de Xenakis, avec notamment la création de Akrata par l’Ensemble instrumental de musique contemporaine de Paris, dirigé par Charles Bruck.

29 juillet : exécution de Metastasis à Mexico.

Août : Xenakis donne des cours et des conférences pendant quatre semaines à l’institut Torcuati di Tella de Buenos Aires dirigé par Alfredo Ginastera.

20 décembre : Fondation de l’EMAMu (Équipe de Mathématique et d’Automatique musicales) par Marc Barbut, François Genuys, Georges Guilbaud et Iannis Xenakis qui en assure la direction. Cette structure est rattachée au Centre de Mathématiques sociales de l’École pratique des hautes études (EPHE). Siègent entre autres à son conseil scientifique Mikel Dufrenne, Paul Fraisse, Robert Francès, Claude Lévi-Strauss, Olivier Revault d’Allonnes.

Les activités de l’EMAMu s’orientent selon deux axes : d’une part une activité pédagogique avec de l’enseignement théorique et des séminaires ; d’autre part une activité de recherche, fondamentale et appliquée (en particulier à la « composition lumineuse »).

1967

Janvier : publication de « Vers une métamusique » dans le no 29 de la revue La Nef . Xenakis y analyse les échelles de la musique grecque antique et byzantine et y expose de manière détaillée sa théorie des « cribles ».

29 mars : création à Paris de Medea au Théâtre de l’Odéon sous la direction de Diego Masson, dans une mise en scène de Jorge Lavelli. Maria Casarès est Médée.

Pour le Pavillon français de l’Exposition universelle de Montréal, création du Polytope de Montréal, commande de Roger Bordaz. Il s’agit d’une architecture éphémère de câbles, installée dans un espace fonctionnel. Sur ces câbles sont répartis des haut-parleurs diffusant une musique écrite pour quatre groupes orchestraux identiques et 1 200 flashes de cinq couleurs (rouge, jaune, blanc, vert, bleu). La commande - sur pellicule cinématographique - est réglée au 25e de seconde, de manière à pouvoir donner l’illusion de mouvements lumineux continus.

Xenakis est invité à enseigner en tant que professeur associé à l’université de Bloomington (Indiana) qui lui promet de créer un Centre de musique mathématique et automatisée. Mais, d’année en année, le projet est repoussé. Xenakis démissionnera de son poste en 1972.

1968

Xenakis publie « Vers une philosophie de la musique » dans la Revue d’esthétique, vol. 21, nos 2-3-4 (une première version était parue en 1966 dans les Gravesaner Blätter). Il revient dans ce texte sur la coupure hors-temps/en-temps et explique l’application des rotations d’un cube à la composition de Nomos Alpha.

7 avril : création de Nuits au Festival de Royan, commanditaire de l’oeuvre, par les Solistes des choeurs de l’ORTF dirigés par Marcel Couraud. C’est un véritable triomphe.

25-31 octobre : premières Journées de Musique contemporaine, succédant aux Semaines musicales internationales de Paris (SMIP) fondées en 1958.

Quatre journées centrées chacune autour d’un compositeur : Varèse, Xenakis, Berio, Henry.

26 octobre : « Journée Xenakis ».

À 14 heures 30, au musée d’Art moderne de la ville de Paris : entretien-débat avec l’EMAMu.

À 18 heures 15, au Théâtre de la Musique : concert de l’Ensemble instrumental de musique contemporaine de Paris, dirigé par Konstantin Simonovitch, avec Jacques Wiederker (Les Suppliantes en création française, Nomos Alpha, Analogiques A et B, Eonta).

À 21 heures : concert de l’Orchestre national et de la Maîtrise de l’ORTF dirigés par Lukas Foss, des Solistes des choeurs de l’ORTF, avec la sonorisation du GRM : Metastasis, Bohor, Polla ta Dhina en création française, ST - 48 en création mondiale, Nuits.

« Xenakis prend place alors au milieu de la salle pour contrôler de la console électro-acoustique la restitution de son Bohor. Dans l’obscurité totale, se déchaîne peu à peu un tumulte insensé, un déluge sonore absolument insoutenable. [...] À l’entr’acte, on ne parlera plus que du "traumatisme" de Bohor [...]. » Cependant « en quelques minutes, toutes les partitions de Nuits seront enlevées par des auditeurs sans doute avides d’en savoir plus sur "l’homme du jour". »

Michel Granlet, « Le journal des journées », La Revue Musicale. Carnet critique, no 267, p. 16.

« Xenakis "accroche". [...] Tous ces concerts ont fait le plein et certains ont refusé du monde. [...] Le fossé qui, depuis Beethoven, n’a cessé de se creuser entre le créateur et l’auditeur serait-il en passe d’être comblé ? »

Claude Rostand, Le Figaro littéraire, 11-17 novembre 1968.

1969

Louis Leprince-Ringuet accueille l’EMAMu dans les laboratoires de physique nucléaire du Collège de France. Le travail de cette équipe commence à être reconnu.

2 avril : au Festival de Royan, Paolo Bortoluzzi danse une chorégraphie de Béjart sur Nomos Alpha que Xenakis trouve pléonastique.

4 avril : à Royan également, création de Nomos Gamma par l’Orchestre philharmonique de l’ORTF, dirigé par Charles Bruck. 2 juin : création à Ottawa, pour l’inauguration du National Arts Center, du ballet Kraanerg sous la direction de Lukas Foss, avec une chorégraphie de Roland Petit et des décors de Vasarely.

3 juillet : création de Anaktoria par l’Octuor de Paris au Festival d’Avignon.

9 septembre : création de Persephassa par les Percussions de Strasbourg au Festival des Arts de Chiraz.

28 octobre : première française de Persephassa aux Journées de Musique contemporaine.

1970

Exposition universelle d’Osaka : présentation de Hibiki Hana Ma, spectacle de rayons laser avec une réalisation électroacoustique pour bande huit pistes.

« Xenakis constate alors que le rayon de lumière pure, homogène et non dispersé correspond en quelque sorte à la continuité du son. [...] l’éclair du flash serait l’équivalent du pizzicato de corde et le rayon laser celui du glissando. »

Jean Millier, Le Diatope, geste de lumière et de son, CNAC, Centre Georges-Pompidou, 1978.

21 mai : première exécution d’oeuvres de Xenakis au Chili : Metastasis et Pithoprakta par l’Orchestre philharmonique dirigé par Juan Pablo Izquierdo au Théâtre municipal de Santiago.

1971

6 avril : création au Festival de Royan de Charisma écrit en hommage à Jean-Pierre Guézec, par Guy Deplus et Jacques Wiederker, et de Synaphaï, par Georges Pludermacher et l’Orchestre de l’ORTF dirigé par Michel Tabachnik.

Mai : concert monographique au Composers’ Showcase du Whitney  Museum of American Art de New York.

24 août : création de Aroura par les Festival Strings et Rudolf Baumgartner au Festival de Lucerne.

26 août : création, au cinquième Festival des Arts de Chiraz, du spectacle Persepolis dans les ruines du palais de Darius.

« [...] cet ouvrage marquera une étape dans l’évolution d’une des pensées spéculatives les plus fermes et les plus générales de notre temps, surtout par l’annexion des grands espaces acoustiques et visuels et par une présence humaine vivante à l’intérieur d’un mécanisme dominé par la logique musicale. »

Maurice Fleuret, Le Nouvel Observateur, 6 septembre 1971.

18 octobre : création de Duel (composé en 1959) à Hilversum par l’Orchestre de la Radio dirigé par Diego Masson et Fernand Terby.

27 octobre : à Paris, création de Mikka par Ivry Gitlis au musée d’Art moderne.

29 novembre : au théâtre de la Ville, concert du Domaine Musical consacré à Xenakis : Herma, Diamorphoses, ST/10, Aroura (en création), Hibiki Hana Ma (version quatre pistes) et Eonta.

Publication de Musique Architecture chez Casterman. Ce livre rassemble des articles parus dans diverses revues.

1972

26 avril : création à Londres de Linaia-Agon dans le cadre de l’English Bach Festival.

Xenakis est nommé membre honoraire de la British Computer Arts Society.

Pour le Festival d’Automne, Michel Guy lui demande un opéra. Réponse :

« Non, cela ne m’intéresse pas, mais je peux faire un spectacle automatique, abstrait, avec des lumières, des lasers et des flashs électroniques. »

« Il faut être constamment un immigré »..., op. cit., p. 114.

Ce sera le Polytope de Cluny, créé le 13 octobre 1972 et présenté jusqu’en janvier 1974, et qui réalisera au total 90 000 entrées. Installé dans les thermes romains de Cluny boulevard Saint-Michel, le dispositif lumineux piloté par ordinateur met en jeu 600 flashes blancs et 400 miroirs destinés à réfléchir les faisceaux de lasers vert, rouge et bleu. La partie sonore est une musique électro-

acoustique pour bande 8 pistes réalisée au Studio Acousti.

L’EMAMu devient le CEMAMu, Centre de Mathématique et Automatique musicales. Il dispose d’un convertisseur numérique/analogique construit par Alain Profit au CNET (Centre national d’études des télécommunications).

À la faculté de Musique de l’université de Montréal : « Journées Xenakis ».

Juillet : Xenakis est invité à enseigner aux cours d’été de Darmstadt. Cette invitation sera renouvelée en 1974 et en 1990.

À l’automne, début de la carrière d’enseignant de Xenakis comme professeur associé à l’UER des Arts plastiques et Sciences de l’art de l’université de Paris I. Il met en place un séminaire intitulé « Formalisation et programmation dans les arts visuels et en musique ».

Décembre : voyage à Bali et à Java organisé par Maurice Fleuret (en compagnie de Betsy Jolas, Toru Takemitsu et Marie-Françoise Bucquet).

1973

Mars-avril : Xenakis donne des cours à l’université de Montréal comme « professeur éminent invité ».

13 avril : création de Eridanos au Festival de La Rochelle par l’Ensemble européen de musique contemporaine dirigé par Michel Tabachnik.

1974

21 mai : création de Erikhthon à Paris par Claude Helffer et l’orchestre de l’ORTF, dirigé par Michel Tabachnik.

20 juin : création de Cendrées à Lisbonne par le choeur et l’orchestre de la Fondation Calouste Gulbenkian placés sous la direction de Michel Tabachnik. Ces musiciens donnent en deux concerts neuf autres oeuvres de Xenakis.

Juillet : création de Gmeeoorh (version 61 touches) à Hartford University (Connecticut) par Clyde Holloway.

19-22 septembre : rétrospective Xenakis lors des Beethoven Festspiele à Bonn : une trentaine d’oeuvres sont données, dont Antikhthon et Gmeeoorh (version 56 touches) en création, respectivement par l’orchestre de la Radio de Cologne dirigé par Michel Tabachnik et Xavier Darasse. Une exposition sur le compositeur est également présentée ; elle sera prêtée l’année suivante à l’English Bach Festival.

« À quelques minutes de Cologne, où règnent depuis longtemps d’autres musiques du futur, cet hommage prend une signification de poids. »

Maurice Fleuret, Le Nouvel Observateur, 30 septembre 1974.

16 octobre : création à Paris de Noomena par l’Orchestre de Paris dirigé par sir Georg Solti.

23 octobre : création de Evryali par Marie-Françoise Bucquet au Lincoln Center de New York.

Novembre : Xenakis retourne en Grèce après la chute du régime des colonels et les élections du 17 novembre.

« Il y aura ces passants qui traversent la rue pour serrer avec effusion la main du héros, s’embrouillent dans quelques mots de bienvenue et restent figés par tout ce qu’ils ne peuvent exprimer. Il y aura cette petite vieille qui fend la foule et s’en vient doucement poser la main sur la cicatrice tragique, comme elle ferait sur une icône. Il y aura ces cantonniers de Leonidion, loin dans le Péloponnèse, qui le reconnaissent au passage, nous arrêtent et lui font fête. [...] Je suis sûr que Xenakis ne s’attendait pas à être reçu, admis, compris de la sorte. »

Maurice Fleuret, « Le métèque du monde entier », Le Nouvel Observateur, no 524, 25 novembre 1974.

Xenakis reçoit la médaille d’or Maurice Ravel de la SACEM.

1975

Juin : « Journées Xenakis » au Festival de La Rochelle, durant lesquelles est créée Empreintes par l’Orchestre philharmonique de la Radio néerlandaise dirigé par Michel Tabachnik.

Été : une « Semaine Xenakis » clôture le Festival d’Athènes, avec une exposition à la Pinacothèque, des conférences de Xenakis et du musicologue Iannis Papaioannou, et trois concerts au théâtre d’Hérode Atticus. le public athénien découvre véritablement la musique de Xenakis jusqu’alors jamais jouée en Grèce (entre autres, Metastasis, Pithoprakta, Achorripsis, Nuits, Polla ta Dhina, Herma, Evryali, Synaphai, Charisma, Anaktoria et Empreintes).

Xenakis est nommé membre honoraire de l’American Academy and Institute of Arts and Letters.

1976

20 février : création de Retours-Windungen à Bonn par les douze violoncellistes de la Philharmonie de Berlin.

28 février : création à Londres de Phlegra par le London Sinfonietta dirigé par Michel Tabachnik.

Février : création de N’shima sous la direction de Juan Pablo Izquierdo au Festival israélien de musique contemporaine « Testimonium » de Jérusalem.

Mars : Xenakis décide de ne pas participer au Festival des Arts de Chiraz; il écrit au directeur du Festival.

11 mars : création de Mikka « S » par Régis Pasquier aux Huitièmes Semaines musicales d’Orléans.

26 mars : création de Theraps au Festival de Royan par Fernando Grillo.

2 mai : création de Psappha par Sylvio Gualda à Londres, lors de l’English Bach Festival. L’oeuvre est une commande du Festival et de la Fondation Gulbenkian.

5 mai : création de Khoaï par Elizabeth Chojnacka à Cologne.

18 mai : Xenakis soutient sa thèse de doctorat, Arts/Sciences. Alliages, à l’université de Paris I ; le jury, présidé par Bernard Teyssèdre, comprend Olivier Messiaen, Michel Ragon, Olivier Revault d’Allonnes, Michel Serres. Le texte de cette soutenance sera publié chez Casterman en 1979.

« L’art participe du mécanisme inférentiel qui constitue les planches sur lesquelles se meuvent toutes les théories des sciences mathématiques, physiques, et celles des êtres vivants. En effet, les jeux des proportions réductibles à des jeux de nombres et de métriques dans l’architecture, la littérature, la musique, la peinture, le théâtre, la danse, etc. ; les jeux de continuité, de proximité, dans le temps ou hors-temps, d’essence topologique, se font tous sur le terrain de l’inférence, au sens strict de la logique. À côté de ce terrain, et en activité réciproque, existe le mode expérimental qui dénie ou confirme les théories créées par les sciences, y compris par la mathématique. [...] C’est l’expérience qui fait et défait les théories, sans pitié, sans considération pour elles. Or les arts aussi sont régis d’une manière plus riche et complexe encore, par le mode expérimental. En effet, il n’y a pas, il n’y aura jamais sans doute, de critères objectifs de vérité absolue et éternelle de validité ou de vérité d’une oeuvre d’art, tout comme aucune "vérité" scientifique n’est définitive. Mais, en plus de ces deux modes, l’inférentiel et l’expérimental, l’art vit dans un troisième, celui de la révélation immédiate, qui n’est ni inférentielle ni expérimentale. La révélation du beau se fait d’emblée, directement, à l’ignorant du fait de l’art, comme au connaisseur. C’est ce qui fait la force de l’art et, semble-t-il, sa supériorité sur les sciences car, vivant dans les deux dimensions de l’inférentiel et de l’expérimental, l’art en possède une troisième, la plus mystérieuse de toutes, celle qui fait que les objets d’art échappent à toute science de l’esthétique, tout en se permettant les caresses de l’inférentiel et de l’expérimental. Mais d’un autre côté l’art ne peut vivre seulement par le mode de la révélation. [...] il a un besoin impérieux d’organisation (y compris de celle du hasard), donc d’inférence, et de sa confirmation, donc de sa vérité expérimentale.

Pour rendre plus évidente cette trinité des modes de l’art, imaginons que dans un avenir lointain le pouvoir de l’artiste augmente comme jamais auparavant dans l’histoire [...]. En effet, il n’y a aucune raison pour que l’art ne sorte, à l’exemple de la science, dans l’immensité du cosmos, et pour qu’il ne puisse modifier, tel un paysagiste cosmique, l’allure des galaxies. »

Arts/Sciences. Alliages, Casterman, 1979, p. 15-16.

Mai : création à New York, au Carnegie Hall, de Dmaathen (version originale pour hautbois et percussions) par Nora Post et Jan Williams.

Xenakis reçoit le Grand Prix national de la musique du ministère de la Culture.

16 décembre : création à Montréal de Epeï, commande de la Société de musique contemporaine québécoise.

1977

Xenakis reçoit le prix Beethoven de la ville de Bonn, et à Paris le Grand Prix du disque de l’académie Charles-Cros.

Le CEMAMu construit la première version de l’UPIC (Unité polyagogique informatique du CEMAMu).

Avril : à Paris, première française de N’shima par l’Ensemble intercontemporain et Michel Tabachnik, au Théâtre de la Ville, dans le cadre du cycle inaugural de l’IRCAM, « Passage du xxe siècle ».

17 juin : création de Akanthos à Strasbourg par le Studio 111.

21 juin : création de À Colone aux Rencontres internationales de musique contemporaine de Metz sous la direction de Michel Tabachnik.

28 juin : création au Festival de La Rochelle de Kottos, pièce composée pour le Concours international Mstislav Rostropovitch. Xenakis est membre du jury.

Juillet : création de À Hélène au théâtre d’Épidaure par le choeur du Théâtre national de Grèce.

21 décembre : création de Jonchaies à Paris par l’Orchestre national de France dirigé par Michel Tabachnik.

1978

11 février : création du spectacle du Diatope, mettant en jeu la musique électroacoustique de la Légende d’Eer (réalisée au CEMAMu et à la Westdeutscher Rundfunk de Cologne) et un dispositif lumineux piloté par ordinateur de 1 600 flashes, 4 projecteurs à laser et 400 miroirs et prismes mobiles.

2 avril : à Paris, création de Ikhoor au Palais Garnier par le Trio à cordes français.

Juillet : Xenakis est l’invité d’honneur du Centre Acanthes dont les cours et séminaires se déroulent à Aix-en-Provence.

2 août : Polytope de Mycènes dans les ruines de la cité antique ; outre l’oeuvre électroacoustique Mycènes Alpha composée pour la circonstance, y sont donnés : À Hélène, À Colone, Oresteïa, Psappha et Persephassa ; entre ces oeuvres sont diffusées des interpolations électroacoustiques de Mycènes Alpha, pièce composée sur l’UPIC, et des extraits d’Homère lus par Olga Tournaki et Spyros Sakkas. Le spectacle est donné cinq soirs durant, accueillant chaque fois 7 000 à 10 000 personnes.

1979

3 mars : création de Palimpsest, commande de l’Academia Filarmonica Romana, à Aquila en Italie, par l’ensemble Divertimento, dirigé par Sandro Gorli.

17 mai : création à Strasbourg de Pléïades par les Percussions de Strasbourg lors du spectacle de ballet Le Concile musical, dansé par le Ballet de l’Opéra du Rhin sur une chorégraphie de Germinal Casado. Les mouvements de Pléïades alternent avec des pièces de Giovanni Gabrieli.

Mai : Xenakis est invité à Québec par le Conseil canadien de la Musique pour son colloque sur le thème « À chaque enfant sa musique quotidienne ». À Montréal, il participe aux travaux du congrès du groupe Critères sur « la déprofessionnalisation ».

Mai-septembre : le Diatope de Beaubourg est installé sur la Bahnhofplatz de Bonn grâce à Hans Nagel ; le spectacle est donné trois fois par jour.

21 juin : création de Anemoessa au Festival de Hollande par l’orchestre de la radio de Hilversum dirigé par Richard Dufallo.

Été : séminaire de composition à l’Academia Musicale Chigiana à Sienne.

Octobre : « Journées Xenakis » organisées par la Société de musique contemporaine du Québec et l’Orchestre symphonique de Montréal.

1980

4 juin : création de Dikhthas par Salvatore Accardo et Bruno Canino dans le cadre du trentième Beethovenfest de Bonn.

Xenakis est invité à Varsovie et à Cracovie par l’Union des compositeurs polonais pour une série de conférences sur la musique formalisée.

La musique de Xenakis est jouée pour la première fois officiellement en URSS, avec Psappha donnée par Sylvio Gualda à Moscou.

Des concerts Xenakis sont organisés à New York : Metastasis et Empreintes sont données par le New York Philharmonic et Zubin Mehta et N’shima par le Brooklyn Philharmonia, dirigé par Lukas Foss.

Le CEMAMu est présent avec l’UPIC à Lille pendant trois semaines, à l’invitation du Festival de Lille et de l’Atelier régional de musique pour des conférences et des ateliers de composition ; puis à Bordeaux, pendant dix jours, à l’initiative du Festival Sigma.

Le Festival de Saint-Denis propose une soirée « Carte blanche à Xenakis » dont le compositeur choisit le programme et le présente : on y entend, entre autres, du Dufay et du Dunstable, ainsi que la première parisienne de Palimpsest.

Invité au Symposium scientifique international de Volos, organisé par le département d’Architecture de Thessalonique, Xenakis donne une conférence intitulée : « Spaces and Sources of Auditions and Spectacles ».

Il est élu membre du Conseil national de la Résistance hellénique.

Il participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision : émission de Georges Charbonnier sur le CEMAMu et l’UPIC sur France-Culture, émission de la télévision canadienne sur le même sujet, interview à TF1 pour l’émission « Arcana » de Maurice Leroux, émission populaire « Bios Bahnhof » de la Westdeutscher Rundfunk.

1981

13 février : création de Aïs pour baryton amplifié, percussions et orchestre par Spyros Sakkas, Sylvio Gualda et l’orchestre de la Radio bavaroise dirigé par Michel Tabachnik, à la Herkulessaal de Munich qui avait déjà vu la création de Pithoprakta.

30 mars : création, à Paris, de Embellie par Geneviève Renon-MacLaughlin.

Août : création de Mists, troisième oeuvre de Xenakis pour piano solo, par Roger Woodward, au Festival international d’Édimbourg.

Xenakis est nommé officier de l’ordre des Arts et Lettres.

6 septembre : création de Serment-Orkos à Athènes par le choeur de la Radio grecque.

22 novembre : création de Komboï aux Rencontres internationales de musique contemporaine de Metz par Elizabeth Chojnacka et Sylvio Gualda.

Conférence à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, dans le cadre du séminaire de philosophie et mathématique, sur le sujet : « Intuition, théorie, réalisation en musique ».

1982

26 mars : création de Nekuïa à Cologne par le choeur et l’orchestre de la Radio de Cologne dirigés par Michel Tabachnik.

23 avril : à Paris, création à Radio-France de Pour la Paix, écrit sur des textes pris dans Écoute et Les morts pleureront de Françoise Xenakis, deuxième version pour quatre récitants, choeur mixte et bande stéréo, avec Danielle Delorme, Françoise Xenakis, Philippe Bardy, Maxence Mailfort et le choeur de Radio-France dirigé par Michel Tranchant.

18 octobre : création de Pour Maurice [Maurice Fleuret] au Festival Europalia de Bruxelles par Spyros Sakkas et Claude Helffer.

Xenakis est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

1983

3 février : création de Shaar [La Porte] pour grand orchestre à cordes, par l’Orchestre symphonique de Jérusalem sous la direction de Juan Pablo Izquierdo, lors de l’ouverture au musée de Tel-Aviv du Festival israélien de Musique contemporaine.

Deuxième quinzaine de mai : participation du CEMAMu, avec l’UPIC, aux rencontres « Musique et ordinateur » au Centre de rencontres culturelles et scientifiques d’Orsay qui réunit des institutions telles que l’École polytechnique, HEC, Supélec, l’INRA.

Xenakis devient membre de l’Académie des beaux-arts de Berlin.

21 juin : création simultanée dans plusieurs villes de la région Nord-Pas-de-Calais de Chant des soleils.

15 juillet : création de Khal Perr par le Quintette Arban et Alsace Percussions aux Hospices de Beaune.

2 décembre : création de Pour les baleines par l’Orchestre Colonne dirigé par Diego Masson, aux Semaines musicales d’Orléans.

1984

14 février : création à Londres de Thalleïn par le London Sinfonietta dirigé par Elgar Howarth.

Avril : Xenakis présente en collaboration avec Jean-Louis Véret un projet au concours architectural organisé en vue de la réalisation de la Cité de la musique au Parc de la Villette.

« Le nouveau Conservatoire National de Musique (NCNM)

Il est composé de deux entités (a) et (b) distinctes formant une plastique dans l’espace qui se creuse à l’accès le plus au sud [...] et qui rebondit vers le ciel en une tulipe inversée faite de paraboloïdes hyperboliques en béton armé.

La salle de concerts "écrin des sons".

Acoustique

La Salle au sol a une forme de patatoïde pour annuler les zones de concentration ou d’ombre des sons. Elle est toute en courbe avec un rayon de courbure constamment et uniformément variable, ce qui doit donner une réverbération riche, sans favoriser les registres spectraux particuliers.

Pour que cette propriété soit portée dans la troisième dimension, une torsion de onze degrés environ est appliquée au patatoïde de base [...], ce qui donne à la fois un mélange remarquable des longueurs d’ondes sans effet préférentiel et un effet de mouvement architectural, car il ne faut pas oublier que dans une salle-écrin l’effet de la plastique architecturale intérieure peut être soit une caresse pour le son soit une agression.

Le sol de cette salle est constitué de cubes d’un mètre de côté afin [...] d’obtenir n’importe quel relief avec des dénivellations par exemple de six mètres. »

« Rapport de présentation », Cité de la musique/Parc de la Villette, archives Xenakis aux éditions Salabert, p. 2 et 4.

Le projet sera sélectionné avec cinq autres mais finalement ne sera pas retenu.

16 avril : création de Lichens par l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Pierre Bartholomée.

2 mai : Xenakis est reçu à l’Académie des beaux-arts au siège de Georges Auric. Olivier Messiaen est l’auteur du discours de réception.

20 mai : création de Naama au Luxembourg par Elizabeth Chojnacka.

Septembre-décembre : à Paris, le Festival d’Automne - qui a décidé de programmer largement Xenakis pendant les trois années à venir - fait une part importante à ses compositions : toutes les oeuvres pour et avec piano y sont données, ainsi que des pièces récentes pour orchestre, telles que Aïs, Nekuïa ou Komboï, et des oeuvres chorales, À Colone, Medea...

1985

30 juin : création au Festival d’Angers de Nyuyo [Soleil couchant] pour shakuhashi, sangen et deux kotos, par l’ensemble Yonin-no-kai de Tokyo.

24 juillet : création à Strasbourg de Idmen A et B par le choeur Antifona de Cluj et les Percussions de Strasbourg, dans le cadre du festival Europa Cantat.

Juillet : session du centre Acanthes consacrée à Xenakis et se déroulant successivement à Villeneuve-lès-Avignon, Salzbourg (académie d’été du Mozarteum) et Delphes, à l’occasion de l’Année européenne de la Musique.

15 septembre : création de Alax, à Cologne, par l’Ensemble Modern de Francfort, l’Ensemble Köln et le Gruppe für Neue Musik Hanns Eisler de Leipzig, sous la direction de Ernest Bour.

Xenakis est nommé officier dans l’Ordre national du Mérite.

1986

Fondation des ateliers UPIC, dont la vocation est essentiellement de former et d’aider des compositeurs travaillant sur le système UPIC.

19 juin-6 juillet : Festival Nieuwe Muziek de De Kloveniersdoelen aux Pays-Bas (Middleburg) : Xenakis participe à une masterclass organisée par Morton Feldman, lors de laquelle a lieu un entretien entre les deux compositeurs.

4 juillet : création de À l’île de Gorée par Elizabeth Chojnacka et l’Ensemble de Middleburg, dirigé par Huub Kerstens.

19 septembre : création de Keren par Benny Sluchin au Festival Musica de Strasbourg.

13 novembre : création, au Lincoln Center, de Keqrops par Roger Woodward et le New York Philharmonic placé sous la direction de Zubin Mehta.

15 décembre : à Paris, création de Akea au Festival d’Automne par le Quatuor Arditti et Claude Helffer.

1987

26 janvier : création au Théâtre de la Ville de Jalons, commande de l’Ensemble Intercontemporain pour son dixième anniversaire.

13 juillet : création aux arènes d’Arles de Taurhiphanie, dans le cadre du Festival de Radio-France à Montpellier.

2 août : création de À r. (Hommage à Ravel) par Haakon Austbö au Festival international de Radio-France et de Montpellier.

21 août : nouvelle version de l’Oresteïa de 1965 (à laquelle est ajoutée Kassandra, pour baryton et percussions), mise en scène par Iannis Kokkos au festival Orestiadi de Gibellina. Le site de la représentation est l’ancien village de Gibellina, détruit par un tremblement de terre et partiellement rasé ; les villageois participeront à la représentation. L’oeuvre est reprise dans une autre mise en scène au Festival Musica de Strasbourg à l’automne.

17 septembre : à Paris, création de Tracées par l’Orchestre national de Lille dirigé par Jean-Claude Casadesus.

24 octobre : création de Horos par l’Orchestre philharmonique du Japon dirigé par Hiroyuki Iwaki, à Tokyo, pour l’inauguration du Suntory Hall.

17 novembre : création de Xas pour quatuor de saxophones par le Quatuor Rascher.

1988

3 mai : création de Ata à Donaueschingen par l’Orchestre symphonique du Südwestfunk, dirigé par Michael Gielen.

6 mai : création à Londres de Waarg par le London Sinfonietta dirigé par Elgar Howarth.

1er juillet : création de Rebonds par Sylvio Gualda à la Villa Médicis, dans le cadre du festival Roma Europa.

Juillet : Xenakis participe au colloque « Redécouvrir le temps », organisé par l’université de Bruxelles. Son texte fait la synthèse de ses idées sur le temps :

« Nous voyons à quel point le temps baigne la musique de partout. Le temps sous forme de flux impalpable ou le temps dans sa forme gelée, hors temps, rendue possible grâce à la mémoire. Le temps est le tableau noir sur lequel s’inscrivent les phénomènes et leurs relations hors temps de l’univers où nous vivons. Relations veut dire structures, architectures, règles. Or, peut-on imaginer une règle sans répétition ? Non, certainement pas. D’ailleurs, un événement unique dans une éternité absolue de temps et de l’espace n’aurait pas de sens. Et pourtant, chaque événement, comme chaque individu sur terre est unique. Mais cette unicité est l’équivalent de la mort qui le guette à chaque pas à chaque instant. Or, la répétition d’un événement, sa reproduction aussi fidèle que possible correspond à cette lutte contre la disparition, contre le néant. Comme si tout l’univers luttait désespérément pour se cramponner à l’existence, à l’étant, par son propre renouvellement inlassable à chaque instant, à chaque mort. Union de Parménide et d’Héraclite. [...] Le changement, car il n’y a pas de repos, le couple mort et naissance mènent l’univers, par la duplication, la copie plus ou moins conforme. Le plus ou moins fait la différence entre un Univers cyclique pendulaire déterminé strictement et un Univers non déterminé absolument imprévisible. »

« Sur le temps », Revue de l’université de Bruxelles, 1988, p. 200 (repris dans Kéleütha, op. cit., p. 105-106).

19-24 septembre : le festival Settembre Musica de Turin est consacré à Xenakis. À cette occasion, publication sous la direction d’Enzo Restagno d’un livre contenant un long entretien avec le compositeur et d’articles portant sur ses oeuvres (Xenakis, E. Restagno ed., Turin, EDT/Musica, 1988, 315 p.).

1989

Janvier : Patrick Fleury  consacre sur France Musique quatre émissions hebdomadaires à Xenakis : « Déterminisme et libre-arbitre », « Masses et raréfaction », « Rationalisme et intuition », « Temps et hors-temps ».

1er avril : création de Voyage absolu des Unari vers Andromède, réalisé au CEMAMu, au temple Kamejama Honyokuji d’Osaka, dans le cadre de l’Exposition internationale des cerfs-volants.

26 avril : création de Échange à Amsterdam par Harry Sparnaay et l’Asko Ensemble dirigé par David Porcelijn.

Xenakis est nommé docteur honoris causa de l’université d’Édimbourg et membre étranger de l’Académie Royale de Suède.

18 mai : création d’Épicycle par Rohan de Saram et l’Ensemble Spectrum dirigé par Guy Protheroe, dans le cadre du Greek Festival de Londres.

17 septembre : création de Oophaa au Festival d’automne de Varsovie par Elizabeth Chojnacka et Sylvio Gualda.

20 octobre : création à Paris de Okho à l’Opéra-Comique par le Trio Le Cercle dans le cadre du Festival d’Automne.

1990

Avril : Xenakis est Distinguished Resident à l’université de Californie à San Diego. Dix-neuf de ses oeuvres sont données en concert par les étudiants.

27 avril : création de Tetora par le Quatuor Arditti au Festival Wittener Tage für Neue Kammermusik.

24 juin : création à Londres, au Festival Almeïda, de Knephas par le New London Chamber Choir dirigé par James Wood.

Xenakis est nommé professeur émérite de l’université Paris I - Sorbonne.

9 octobre : création de Tuorakemsu à Tokyo par l’Orchestre symphonique Shinsei, dirigé par Hiroyuki Iwaki, pour le soixantième anniversaire de Toru Takemitsu.

7 décembre : création de Kyania à Montpellier par l’Orchestre philharmonique de Montpellier dirigé par Zoltán Peskó.

1991

Xenakis met au point le programme informatique GENDY, qui permet d’introduire, dans le processus de synthèse sonore, un algorithme stochastique appelé «synthèse dynamique stochastique».

Il est nommé officier de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre des Arts et Lettres.

6 octobre : création de Dox-Orkh par Irvine Arditti et l’Orchestre symphonique de la BBC dirigé par Arturo Tamayo au Festival Musica de Strasbourg.

17 novembre : création de Gendy3, aux Rencontres internationales de musique contemporaine de Metz.

1992

24 mars : création de Roaï à Berlin par l’Orchestre radiosymphonique dirigé par Olaf Henzold, pour le jubilé des quarante ans de l’Association européenne des Festivals de musique.

Mai : création de Krinoïdi à Parme par l’Orchestre symphonique d’Émilie-Romagne dirigé par Ramón Encinar.

Nommé membre honoraire de l’académie Sainte-Cécile à Rome.

3 mai : création de La Déesse Athéna à Athènes par Spyros Sakkas et l’Orchestre de la radiotélévision d’Athènes dirigé par Michel Tabachnik.

5 décembre : création par la Maîtrise de Radio-France dirigée par Denis Dupays de Pu wijnuej we fyp, à partir du « Dormeur du val » d’Arthur Rimbaud ; le poème est transformé selon une application biunivoque de l’alphabet sur lui-même.

14 décembre : création de Paille in the wind par Jacopo Scalfi et Roger Woodward à la Scala de Milan.

1993

26 mars : création de Troorkh, concerto pour trombone et orchestre, par Christian Lindberg et l’Orchestre de la radio suédoise dirigé par Esa-Pekka Salonen.

23 juillet : création de Mosaïques à Marseille, par l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, dirigé par Michel Tabachnik.

1er septembre : création, au Queen Elizabeth Hall de Londres, des Bacchantes d’Euripide par Joe Dixon, baryton, et le Premiere Ensemble de l’Opera Factory dirigé par Nicholas Kork. L’oeuvre sera redonnée neuf fois les jours suivants.

On peut signaler ici d’autres exécutions marquantes des oeuvres de Xenakis.

2-4 octobre : trois concerts sont entièrement consacrés à Xenakis aux Dresdner Tage der zeitgenössischen Musik ; y sont entre autres données les oeuvres pour et avec clavecin, ainsi que des oeuvres électroacoustiques.

11 octobre : le Polytope de Cluny est donné au Festival Ultima d’Oslo. Jean-Claude Risset assure la régie sonore.

28 octobre : journée Xenakis organisée à l’université de Séoul par Yuji Takahashi.

9-13 novembre : à Paris, au Festival d’Automne, spectacle de la Compagnie de ballet de Charleroi, chorégraphié par Lucinda Childs sur Naama, Oopha et Psappha joués par Elizabeth Chojnacka et Sylvio Gualda. Ce spectacle part ensuite en tournée : Nîmes, Cannes, Grenoble, Amsterdam.

1994

5 avril : création de Zyïa au Festival de musique contemporaine d’Évreux par Dominique Gaucet, Cécile Daroux, Dimitri Vassiliakis, le choeur d’hommes des Jeunes Solistes dirigé par Rachid Safir.

24 avril : création de Plektó par l’Ensemble Köln dirigé par Robert Platz aux Wittener Tage für Neue Kammermusik.

9 juin : création de Dämmerschein à Lisbonne par l’Orchestre de la radio de Cologne dirigé par Zoltán Peskó. Les premières allemande et belge de cette oeuvre ont lieu dans les jours qui suivent.

16 septembre : création de Sea Nymphs à Londres par les BBC Singers, dirigés par Simon Joly.

21 septembre : création à Varsovie de Mnamas Kharin Witoldowi Lutoslavskiemu (à la mémoire de Witold Lutoslawski) par l’Orchestre de chambre de Cracovie dirigé par Wojciech Michniewski.

2 décembre : création de S. 709 à Paris, dans le cadre des Journées UPIC à Radio-France.

17 décembre : création de Ergma à La Haye par le Quatuor Mondrian.

1995

4 février : au festival Présences de Radio-France, création de la nouvelle version de Dmaathen (version de Cécile Daroux pour flûte en si bémol et percussion amplifiées), par Cécile Daroux et Claire Talibart, et première française de Dämmerschein par l’Orchestre philharmonique de Radio-France dirigé par Elgar Howarth.

Xenakis est nommé chevalier de la Légion grecque du Phénix et commandeur dans l’Ordre national du Mérite.

16 novembre : création à la Herkulessaal de Munich de Voile par le Münchener Kammerorchester dirigé par Christoph Poppen.

1996

1er mars : création de Koïranoï à Hambourg par l’Orchestre symphonique de la Norddeutscher Rundfunk dirigé par Zoltán Peskó.

10 avril : création à Birmingham de Zythos, pour trombone et six percussionnistes par Christian Lindberg et l’Ensemble Kroumata.

10 juin : création à Amsterdam de Kuïlenn pour neuf instruments à vent par le Nederlands Blazers Ensemble, dans le cadre du Festival de Hollande.

9 août : à New York, création de Hunem-Iduhey par Edna Michell et Ole Akahoshi dans le cadre du Lincoln Center Festival of Arts.

4 octobre : création de Ittidra pour sextuor à cordes par le Quatuor Arditti, Thomas Kakuska et Valentin Erben à Francfort-sur-le-Main.

20 octobre : création de Ioolkos par l’Orchestre symphonique du Südwestfunk dirigé par Kwamé Ryan au Festival de Donaueschingen.

12 novembre : création de Kaï par l’Ensemble Oh Ton dirigé par David Coleman, à Oldenburg.

6 décembre : à Cologne, création de Roscobeck par Rohan de Saram et Stefano Scodanibbio à la Westdeutscher Rundfunk dans le cadre du Festival Musik der Zeit.

1997

4 février : Xenakis reçoit au Japon le Prix Kyoto.

23 juillet : création de Sea-Change à Londres par l’Orchestre symphonique de la BBC dirigé par Andrew Davies.

30 novembre : création d’O-mega, sa dernière oeuvre, à Huddersfield par Evelyn Glennie (percussion solo) et l’ensemble London Sinfonietta dirigé par Markus Stenz.

1998

Janvier-février : Nombreuses oeuvres de Xenakis interprétées au festival Présences de Radio-France.

1999

25-30 janvier : journées Xenakis à l’université Marc-Bloch et au musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg.

Mars : Festival Xenakis à Nicosie et à Larnaka (Chypre).

Mai : Semaines Xenakis en Bretagne.

2000

mai : Journées Musique et Mathématiques à la fondation Callouste Gulbenkian à Lisbonne. Plus de vingt oeuvres pour orchestre de Xenakis sont exécutées.

15 décembre : création du triptyque Anastenaria (Procession vers les eaux claires, Le Sacrifice, Metastasis) à Munich, sous la direction de Charles Zacharie Bornstein.

2001

4 février : Iannis Xenakis s’éteint à cinq heures du matin.

Le texte que nous reproduisons avec l'aimable autorisation de la BNF est extrait de "Portrait(s) de Iannis Xenakis"
sous la direction de François-Bernard Mâche
Bibliothèque nationale de France
diffusion Seuil
broché 17,2 x 22 cm
176 pages dont 32 p coul.
190 F 29 euros
ISBN 2-7177-2178-9, janvier 2002.